Retour sur le Notre Père

A l’occasion de la mise en place prochaine du « nouveau Notre Père », j’ai essayé de récapituler la question, telle que je la perçois. Cela donne le texte suivant:

« Entrer dans la tentation »: Dieu nous soumet parfois à une situation de tentation. Mais ne nous soumettons pas à elle !

Le texte latin du Notre Père n’est pas changé:  « ne nos inducas in tentationem ».

  • En français on disait, jusqu’à 1966,  « Ne nous laissez pas succomber à la tentation ». Puis on a dit, jusqu’à cette année:  « Ne nous soumets pas ».
  • Et voici que maintenant on va dire  « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Jésus a été poussé au désert par l’Esprit pour y être tenté par le diable (Mt 4,1).
L’épitre de Jacques, de son côté, affirme: « Que personne ne dise, lorsqu’il est tenté : C’est Dieu qui me tente ; car Dieu ne peut être tenté par le mal, et lui-même ne tente personne » (Jacques 1:13).

La traduction en vigueur jusqu’à cette année (« ne nous soumets pas ») était ambigüe et non vraiment « fausse ». Selon la façon dont on la comprenait, elle était juste, ou non:
– Ce n’est pas Dieu qui tente (au désert, c’est le diable qui tentera Jésus).
– Mais dans certains cas, notre chemin spirituel nous fait affronter des tentations; elles ne nous sont pas toujours épargnées. Et celui qui y est soumis peut dire au Seigneur: « S’il-te-plaît, ne me soumets pas à ces situations » – en ajoutant ensuite, comme Jésus: « Mais que ta volonté soit faite, et non la mienne ».

Il s’agit donc à la fois que Dieu nous évite les situations de tentation, « ne nous conduis pas trop vers des tentations » (cf texte latin ci-dessus, qui reste valable semble-t-il), et que « nous ne nous soumettions pas » à ces tentations, c’est à dire que nous ne cédions pas, face à une tentation !
C’est sans doute cela que veut dire « entrer » dans la tentation, dans la nouvelle traduction: cela voudrait dire accepter la tentation: pécher!

Remarques complémentaires:
– En grec c’est eisfero: « ne nous emporte pas dans l’épreuve » !!
– Jésus, lors de la passion, dit aux disciples: « Priez pour ne pas entrer (être emporté) en tentation » (Luc 22,40) – Exactement le même verbe et le même substantif que dans le Notre Père.

VOIR LE « FLYER » QUE JAI PRÉPARÉ en http://www.plestang.com/blog/2017/le-nouveau-notre-pere

Complément: Il reste, en Mt comme en Lc, le fait que le texte grec dit « Ne nous fais pas entrer.. » (cf traduction NBS, en général la plus fidèle). L’explication a été donnée en 1969 par le père Carmignac (cf  cet article): l’original araméen utilisait d’après lui une formule « factitive », « fais que nous n’entrions pas », qui a été mal interprétée en grec. 

 

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Rom 7,14-24 « Malheureux homme… »

Fine analyse de ce texte par François Lestang dans un MOOC du Chemin Neuf.

Dans ce texte il ne s’agit pas – on le sait en général – du chrétien. Mais François montre, en deux colonnes, que ce sont à la fois la situation du juif et celle du païen (grec ou romain) qui sont décrites ! Avec de belles citations d’auteurs grecs anciens, où l’on retrouve la même réflexion !

Vie et mort… dans l’au-delà

Plusieurs paraboles présentent Dieu, ou Jésus, comme un maître qui peut être sévère; par exemple la parabole des invités au festin (Mt 22 – Luc est plus gentil): le maître met à mort les invités qui n’ont pas voulu venir; et l’homme qui n’avait pas revêtu la tenue de noces est jeté dehors, pieds et mains liés.

En ce qui concerne la tenue de noces (que l’on donnait sans doute à l’entrée de la noce à tous les invités), le refus de la revêtir peut être interprété comme un refus de recevoir quelque chose de Dieu: le salut nous est donné, il faut accepter de le recevoir.

Mais que sont les ténèbres extérieures?
Beaucoup de protestants et d’évangéliques pensent que notre « salut » est décidé au moment de notre mort, définitivement. Les catholiques ont introduit la notion de purgatoire, en se basant notamment sur Mt 12,31 où Jésus parle de péchés qui ne seront pardonnés « ni dans ce monde ni dans le monde à venir ».

Personnellement, comme je l’indique notamment dans « Le fait Jésus », j’estime que nous ne savons absolument pas de quoi l’existence après la mort est faite: il y aura peut-être aussi, dans l’au-delà, des enjeux de vie et de mort: Jésus nous met en garde, et Marie aussi, dans ses apparitions.

En somme, entrer dans le salut dès cette terre, c’est franchir une première étape, c’est aborder l’au-delà dans les meilleures conditions. Mais nous aurons peut-être encore des combats, car après tout le démon est bien un être de l’au-delà.

Ceux qui se seront écartés de l’amour au cours de leur vie terrestre seront plus en risque ensuite. Il faut prier pour eux. Les paraboles nous expliquent peut-être cela.

Le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde (Galates 6,14)

Ayant un peu peiné à comprendre le sens exact de cette phrase, voici ce à quoi j’ai abouti.

  • « Par le Christ, le monde est crucifié » pour moi (qui crois) : C’est le « monde » au sens des aspects négatifs du monde; Jésus par sa mort a libéré les hommes des forces de mort. Ce « monde » n’a plus d’importance pour moi, je suis débarrassé de ses forces.
  • « Je suis crucifié pour le monde » : je suis crucifié, comme le Christ, car telle est la situation du chrétien: i. pour participer au salut du monde; ii: et aussi peut-être « aux yeux du monde » – il apparaît faible, vaincu.

Le monde (mondain) n’a plus d’importance pour moi,.. ni moi pour le monde !
(on nous prend … pour des gens qui n’ont rien, nous qui possédons tout  … cf. 2 Co 8,6-10 )

La formule grecque est extrêmement synthétique:
τω σταυρω του κυριου ημων ιησου χριστου δι ου εμοι κοσμος εσταυρωται καγω τω κοσμω

Traduction liturgique, petits accrocs

A l’occasion je mentionne ici tel ou tel détail insatisfaisant repéré dans la Traduction officielle liturgique. Je ne le fais pas à chaque fois, mais c’est assez lassant.
Aujourd’hui, l’évangile est le début du chapitre 8, avec notamment les femmes qui suivent Jésus.

Le texte liturgique dit: « Les Douze l’accompagnaient, ainsi que des femmes.. , qui les servaient en prenant sur leurs ressources. »
Deux points m’ont frappé aussitôt:

– Les femmes … servent les hommes! On va voir que beaucoup de grandes traductions ne retiennent pas du tout  cette traduction, et pour de bonnes raisons ! Et l’ancienne traduction liturgique non plus !

– « … en prenant sur leurs ressources », outre que c’est la suite de l’erreur précédente, comme on va le voir, c’est aussi faux vu le contexte: j’imagine la pauvre Jeanne de Chouza, peut-être richissime, prenant sur son argent, se privant, pour Jésus. C’est à vrai dire ce qui m’avait frappé en premier: il s’agit d’aider avec ses ressources.

Le texte grec dit « aitines diakonoun autois ek tôn uparkontôn autais ». La Bible Segond d’étude et la TOB traduisent tout simplement (en substance):

.. les aidaient de leurs biens.

Le « ek » donne à « diakonoun » un sens bien différent . La Segond dit: « se servaient de leurs biens pour les aider » !

Dommage, ces erreurs !

Abraham…, Joseph… Qu’est-ce que cela nous apporte?

Comme nous terminons la lecture de la Genèse dans notre groupe Bible (voir Bibletudes), une amie, membre du groupe, se demande: « Qu’est-ce que cette lecture nous apporte? » Question à la fois « positive »: Qu’avons-nous retenu, compris, etc.; et « négative »: Est-ce que cela nous apporte quelque chose?

Ma réponse est basée d’abord sur la conviction qu’Abraham a vraiment existé; et en tout cas Joseph! Et c’est une réponse dans la foi.

Je crois que Dieu a vraiment conduit le peuple juif, à travers toute son histoire, pour se révéler à travers lui, et conduire finalement à la venue de Jésus. Jésus n’est pas venu n’importe quand, n’importe où: il est venu dans un peuple qui était préparé à le recevoir.

Je crois aussi que les patriarches, d’Abraham à Joseph, à travers leurs faiblesses et leur humanité, sont des modèles pour notre vie spirituelle, et nous montrent ce qu’est la relation de Dieu avec les hommes: Dieu fait des promesses et est fidèle; les patriarches de leur côté avancent dans la foi, comme saint Paul le rappelle par exemple dans l’épître aux Romains.
Cela se répète pas mal, dira-t-on: eh oui, une vie humaine, une vie spirituelle, est faite aussi de répétitions ou quasi-répétitions.

Dieu se révèle, non pas comme un infini inconnaissable, dangereux, mais comme un partenaire, qui parle à l’homme presque d’égal à égal. Et l’homme n’a pas peur devant lui: il discute; il rit !

Au total c’est l’histoire de notre famille ! C’est l’histoire du peuple des croyants: qui croient dans le Dieu trois fois saint, révélé à Israël puis par Jésus.
Cette histoire montre comment notre foi s’est formée, et s’est approfondie.

J’aime la relire, cette histoire, « sainte », qui a conduit d’Abraham aux prophètes, puis à Marie et à Jésus; et qui se continue à travers l’immense foule des témoins et martyrs de tous les siècles !