Notre Père: nos « dettes » ou nos « offenses »?

Je découvre que, en français, la version du Notre Père utilisée dans la liturgie… est différente de celle utilisée dans la traduction liturgique officielle!  Et apparemment le même problème se pose en anglais – mais pas en italien…

Alors que la traduction de Matthieu 6, dans les bibles, dit:
Remets-nous nos dettes
la traduction liturgique, comme chacun le sait, dit « Pardonne-nous nos offenses », ce qui n’est pas conforme au texte grec !

Curieux !

Emmaüs et l’Ascension: un récit magnifique!

Catherine vient d’écrire un texte sur l’Ascension qui est absolument splendide.

C’est… un des plus beaux textes que j’aie jamais lu !
et voyez surtout la deuxième partie: le récit de « Simon ».
A noter que « Simon », dans le texte de Catherine, est le « deuxième » disciple d’Emmaüs, interprétation du texte qui n’est pas nouvelle.

Le texte grec est en fait très ambigu (Lc 24,34-35)
– « Legontas » que l’on traduit souvent par « QUI leur dirent », veut dire en fait « disant » – et on ne précise pas qui dit. Cela peut être les disciples d’Emmaüs qui disent.
– « Kai Autoi », traduit par « Et eux » peut tout bonnement être « et ils » (suite de ce qu’ils racontent).

Quelques traductions respectent l’ambigüité.
Quant à la traduction liturgique elle ajoute Simon-PIERRE, ce qui n’est pas dans le texte.

 

Je connais personnellement cette interprétation par les travaux de membres de l’association Marcel Jousse.

Leur idée est que les récits, comme celui de Cléophas, étaient balancés: « et il est apparu à Simon », serait le complément symétrique, qui équilibre le récit. Ils expliquent et justifient cela en détail. A la fin de son récit, l’orateur prend à témoin l’autre participant aux événements.Il semble que, historiquement, cette hypothèse existe depuis longtemps.

 

Mais allez lire Catherine!

Récapitulation de mes remarques sur la Traduction liturgique

Depuis plusieurs années, je note des remarques sur la traduction liturgique de la Bible; les derniers de ces commentaires sont dans le billet suivant: traduction-liturgique-accumulateur.

Une récapitulation résumée de tous les billets de blog successifs figure en http://www.plestang.com/Remarques-trad-liturgique.pdf.

On y trouvera à la fois un résumé des remarques, et des liens vers les billets de blog où je les explicite.

Jésus a-t-il célébré la Pâque le jeudi saint?

Les spécialistes réfléchissent depuis longtemps à l’énigme suivante: Jésus a-t-il célébré la Pâque le Jeudi Saint?
La difficulté est la suivante:

– S’il s’agissait d’un vrai repas de Pâque, cela veut-il dire que l’évangile de Jean se trompe lorsqu’il dit que Jésus est mort le vendredi, au moment où on immolait les agneaux pour la Pâque? (donc le repas pascal, cette année-là, se situe le soir du vendredi).
– Peut-on concevoir que Jésus ait été arrêté – après avoir célébré Pessah avec ses disciples –  le soir même où tout Jérusalem partageait l’agneau pascal, et que son procès devant Pilate ait eu lieu le jour de Pessah?  Comment concevoir un procès et une exécution ce jour-là?
– Enfin s’il s’est agi d’un repas sans agneau, le jeudi soir, est-ce vraiment un repas de Pessah?

Un premier point est étudié en détail par Cesare Giraudo dans son livre « In unum corpus« : toute l’analyse que l’on peut faire des traditions primitives montre qu‘il s’agissait bien d’un repas pascal, avec les coupes successives, etc.

Jean-Christian Petitfils, dans son livre « Jésus » note pour sa part deux points:
Les évangiles synoptiques, bien qu’affirmant qu’il s’agit d’un repas pascal, ne font pas la moindre allusion à un partage de l’agneau entre les convives.
– Enfin on sait que les Esséniens, pour leur part, célébraient la Pâque sans agneau. Certes Jésus n’était pas Essénien, mais cela donne un point de comparaison.

On dit aussi que certaines traditions locales pouvaient comporter une anticipation de la date du repas.

On peut enfin se demander comment les familles juives de Galilée qui, pour une raison ou pour une autre ne pouvaient monter à Jérusalem, célébraient Pessah: certainement sans agneau…

Les disciples de Jésus – comme pratiquement Jésus lui même – étant galiléens, ils étaient peut-être habitués à ce qu’un repas de Pessah puissent avoir lieu sans agneau…

Et bien entendu, après la destruction du Temple, le repas de Pessah est devenu un repas sans agneau, comme il l’est encore aujourd’hui dans les familles juives.

 

« La parole prend corps »

Je me replonge, un peu par hasard, dans le livre de Pierre Davienne « Quand la Parole prend corps » (Editions de l’Atelier). L’association Parole et geste, que Pierre Davienne et sa femme ont créée il y a une vingtaine d’années, s’adresse notamment à des adultes du quart monde, mais aussi maintenant à des jeunes, pour des séances de réflexion et de gestuation de la Bible, dans la ligne de Marcel Jousse.

Le livre « Quand la Parole prend corps » présente de façon magnifique ce travail. On peut aussi voir le site http://parole-et-geste.org/ . La méthode suivie est celle de Marcel Jousse, reprise et développée maintenant par plusieurs associations, dont l’Association Marcel Jousse et l’Institut de mimopédagogie.

Pierre Davienne donne plusieurs exemples au début de son livre, et notamment celui-ci (p.21):
Pour travailler – pour « gestuer » –  la parabole de la semence qui pousse d’elle-même, il est reparti du grec et a constaté qu’en Marc 4,29 (« et lorsque le blé est mûr.. ») le texte grec utilise le verbe paradidomi, « le même que pour le don que Jésus fait de lui même ou de l’Esprit Saint ».  D’où la traduction adoptée:

« ..et lorsque le blé se livre… »

La gestuation de cette phrase comprend dès lors un geste des mains en avant. Et un jeune de 7 ans, gestuant ce passage, s’est exclamé:

« Le fruit, c’est Jésus ! Comme quand on reçoit la communion à la messe ! »

Bel exemple de l’efficacité de la gestuation pour  réfléchir sur l’évangile!

 

 

Commentaires bibliques au fil des jours

Je regroupe, dans une nouvelle page de mon site, les commentaires sur la Bible que j’ajoute au fil des jours.

Les nouveautés seront mentionnées en première page de mon site, en bas. Un fil RSS est disponible.

Aujourd’hui j’ajoute, sur l’évangile de ce matin, deux remarques: sur le fait que Jean « se penche » dans le tombeau; et sur le « suaire »: c’est bien le mot signifiant « suaire » qui est employé par le texte grec, mais s’il ne s’agit que d’un linge recouvrant le visage, il est préférable de parler d’un « linge »; c’est ce que font beaucoup de traductions.

Vos remarques peuvent être faites, en « commentaire », sur ce billet de blog!

Les commentaires sur la traduction liturgique sont ici.

Balaam, prophète « païen »? Plutôt « voyant »

L’histoire de Balaam, au livre des Nombres, est bien connue, notamment à cause de son ânesse qui parle! (Nb 22 à 24).

La traduction liturgique croit utile de préciser, en Nb 24,2, « le prophète païen Balaam ». Or c’est toujours « Le Seigneur » que Balaam consulte, d’un bout à l’autre. Le roi païen Balaq demande l’aide de Balaam à plusieurs reprises, mais on n’en dit pas plus sur l’insertion de Balaam dans tel ou tel royaume de l’époque. Assurément ce n’est pas un prophète d’Israël.

Comme il prophétise toujours selon ce que « Le Seigneur » lui dit, je suggère que, faute de l’appeler simplement « prophète », et pour le distinguer des prophètes d’Israël, on l’appelle « le voyant »! Car c’est bien ce qu’il est.

Additif 1: On pourrait peut-être rapprocher Balaam de Melchisedech, « prêtre du Dieu le Très Haut » (Genèse 14,18); lui aussi, après tout, est un païen – il est vrai pas un prophète au sens habituel de « annonce de l’avenir ».
Additif 2: Ce qui est impressionnant dans l’histoire de Balaam, c’est que lui, un païen, annonce le Messie d’Israël !

« Il lui fut accordé d’être juste » !

Et on continue! En lisant le verset ci-dessus (Romains 4,22) dans la traduction liturgique, je me suis demandé quelle théologie avaient en tête les gens qui ont écrit une aussi invraisemblable traduction. On poursuit ici la réflexion commencée dans le billet précédent.
On notera d’ailleurs que l’ancienne traduction liturgique (avant 2013) utilisait une traduction bien différente. Et « les grandes traductions » (Segond, TOB, BFC, Jérusalem etc.) ne traduisent évidemment pas ainsi.

Certains disent « Il estima qu’il était juste »; ou « Dieu l’a considéré comme juste ». On trouve aussi le vieux « cela lui fut compté comme justice », qui n’a guère de sens.

Y a-t-il un endroit où l’on peut écrire pour transmettre les remarques? Lors de la révision de la version précédente, j’avais pour ma part transmis de nombreuses remarques, et dans un certain nombre de cas le nouveau texte élimine les problèmes que j’avais signalé. Mais en voici au moins un nouveau !

PS – Je vois que tout le paragraphe qui suit reprend cette même expression; cette même approche: « Dieu accorde! »

« Confiance juste » (Gn 15,5-6)

Dieu dit à Abram: « Compte les étoiles (..), telle sera ta descendance. » Abram eut foi dans le Seigneur…

Ensuite les traductions sont en général peu satisfaisantes:
– « … et le Seigneur estima qu’il était juste »
– « … et le Seigneur le considéra comme juste ».

Je trouve intéressante la traduction Bayard (« Nouvelle traduction »):
– « Il s’appuie sur Yhwh qui juge sa confiance juste. »
Dieu en quelque sorte évalue, et voit que la confiance, la foi, d’Abram est bonne, solide.

Une note de la TOB précise:  Le terme hébreu traduit par « juste » désigne un accord complet avec la volonté de Dieu, plutôt que la rectitude morale.

Que dire de l’épître aux Romains ?  😉
Elle parle de l’évangile qui révèle la « justice de Dieu » « par la foi » (Rm 1,17). La justice de Dieu, c’est le fait que Dieu veut sauver les hommes. Quant aux hommes, ils sont « justifiés » par la foi, c’est à dire « rendus justes »…

Ce qui m’intéresserait, c’est de trouver chez Saint Paul quelque chose concernant le progrès dans la vie de foi, qui fait passer d’une foi hésitante à une foi « juste » !
Au lieu de se centrer sur « suis-je sauvé? », se centrer sur une « confiance juste », qui fait dès à présent vivre dans l’amour, et même faire des miracles.

« Quelle est la bonne traduction? »

Parfois, dans nos groupes bibliques, à propos d’un passage sur lequel les différentes Bibles proposent des traductions différentes, la question est posée: « Quelle est la bonne traduction? »

Résumons la situation:
– Il peut y avoir des différences entre les manuscrits: une Bible aura choisi un texte, et l’autre un autre;
– Il peut y avoir des ambiguïtés dans le texte biblique: plusieurs interprétations possibles de ce que l’auteur veut dire!
– Et aussi il y a le contexte, les allusions: littérairement, il peut y avoir plusieurs façons, en français, d’en rendre compte.
– Bien-sûr, il y a le public visé par la Bible: une Bible « en français courant » traduira parfois différemment.
– Enfin, de fait, il peut y avoir des maladresses dans telle ou telle traduction: l’auteur ou les auteurs ne se sont pas rendus compte que leur rédaction serait interprétée d’une façon différente de ce qu’est (probablement) le sens du texte. Voir un exemple ici.