Commentaires au fil des jours

Je regroupe, dans une nouvelle page de mon site, les commentaires sur la Bible que j’ajoute au fil des jours.

Les nouveautés seront mentionnées en première page de mon site, en bas. Un fil RSS est disponible.

Aujourd’hui j’ajoute, sur l’évangile de ce matin, deux remarques: sur le fait que Jean « se penche » dans le tombeau; et sur le « suaire »: c’est bien le mot signifiant « suaire » qui est employé par le texte grec, mais s’il ne s’agit que d’un linge recouvrant le visage, il est préférable de parler d’un « linge »; c’est ce que font beaucoup de traductions.

Vos remarques peuvent être faites, en « commentaire », sur ce billet de blog!

Balaam, prophète « païen »? Plutôt « voyant »

L’histoire de Balaam, au livre des Nombres, est bien connue, notamment à cause de son ânesse qui parle! (Nb 22 à 24).

La traduction liturgique croit utile de préciser, en Nb 24,2, « le prophète païen Balaam ». Or c’est toujours « Le Seigneur » que Balaam consulte, d’un bout à l’autre. Le roi païen Balaq demande l’aide de Balaam à plusieurs reprises, mais on n’en dit pas plus sur l’insertion de Balaam dans tel ou tel royaume de l’époque. Assurément ce n’est pas un prophète d’Israël.

Comme il prophétise toujours selon ce que « Le Seigneur » lui dit, je suggère que, faute de l’appeler simplement « prophète », et pour le distinguer des prophètes d’Israël, on l’appelle « le voyant »! Car c’est bien ce qu’il est.

Additif 1: On pourrait peut-être rapprocher Balaam de Melchisedech, « prêtre du Dieu le Très Haut » (Genèse 14,18); lui aussi, après tout, est un païen – il est vrai pas un prophète au sens habituel de « annonce de l’avenir ».
Additif 2: Ce qui est impressionnant dans l’histoire de Balaam, c’est que lui, un païen, annonce le Messie d’Israël !

« Il lui fut accordé d’être juste » !

Et on continue! En lisant le verset ci-dessus (Romains 4,22) dans la traduction liturgique, je me suis demandé quelle théologie avaient en tête les gens qui ont écrit une aussi invraisemblable traduction. On poursuit ici la réflexion commencée dans le billet précédent.
On notera d’ailleurs que l’ancienne traduction liturgique (avant 2013) utilisait une traduction bien différente. Et « les grandes traductions » (Segond, TOB, BFC, Jérusalem etc.) ne traduisent évidemment pas ainsi.

Certains disent « Il estima qu’il était juste »; ou « Dieu l’a considéré comme juste ». On trouve aussi le vieux « cela lui fut compté comme justice », qui n’a guère de sens.

Y a-t-il un endroit où l’on peut écrire pour transmettre les remarques? Lors de la révision de la version précédente, j’avais pour ma part transmis de nombreuses remarques, et dans un certain nombre de cas le nouveau texte élimine les problèmes que j’avais signalé. Mais en voici au moins un nouveau !

PS – Je vois que tout le paragraphe qui suit reprend cette même expression; cette même approche: « Dieu accorde! »

« Confiance juste » (Gn 15,5-6)

Dieu dit à Abram: « Compte les étoiles (..), telle sera ta descendance. » Abram eut foi dans le Seigneur…

Ensuite les traductions sont en général peu satisfaisantes:
– « … et le Seigneur estima qu’il était juste »
– « … et le Seigneur le considéra comme juste ».

Je trouve intéressante la traduction Bayard (« Nouvelle traduction »):
– « Il s’appuie sur Yhwh qui juge sa confiance juste. »
Dieu en quelque sorte évalue, et voit que la confiance, la foi, d’Abram est bonne, solide.

Une note de la TOB précise:  Le terme hébreu traduit par « juste » désigne un accord complet avec la volonté de Dieu, plutôt que la rectitude morale.

Que dire de l’épître aux Romains ?  😉
Elle parle de l’évangile qui révèle la « justice de Dieu » « par la foi » (Rm 1,17). La justice de Dieu, c’est le fait que Dieu veut sauver les hommes. Quant aux hommes, ils sont « justifiés » par la foi, c’est à dire « rendus justes »…

Ce qui m’intéresserait, c’est de trouver chez Saint Paul quelque chose concernant le progrès dans la vie de foi, qui fait passer d’une foi hésitante à une foi « juste » !
Au lieu de se centrer sur « suis-je sauvé? », se centrer sur une « confiance juste », qui fait dès à présent vivre dans l’amour, et même faire des miracles.

« Quelle est la bonne traduction? »

Parfois, dans nos groupes bibliques, à propos d’un passage sur lequel les différentes Bibles proposent des traductions différentes, la question est posée: « Quelle est la bonne traduction? »

Résumons la situation:
– Il peut y avoir des différences entre les manuscrits: une Bible aura choisi un texte, et l’autre un autre;
– Il peut y avoir des ambiguïtés dans le texte biblique: plusieurs interprétations possibles de ce que l’auteur veut dire!
– Et aussi il y a le contexte, les allusions: littérairement, il peut y avoir plusieurs façons, en français, d’en rendre compte.
– Bien-sûr, il y a le public visé par la Bible: une Bible « en français courant » traduira parfois différemment.
– Enfin, de fait, il peut y avoir des maladresses dans telle ou telle traduction: l’auteur ou les auteurs ne se sont pas rendus compte que leur rédaction serait interprétée d’une façon différente de ce qu’est (probablement) le sens du texte. Voir un exemple ici.

« Il l’émonde pour qu’il en porte davantage » (Jean 15,2)

Il y a quelques jours nous lisions en groupe Bible le passage de Matthieu 22 – le festin nuptial – où le roi se met en colère et fait périr les assassins (22,7). Est-ce vraiment cela l’attitude de Dieu, nous demandions-nous.

J’ai repensé à l’histoire d’Israël, qui a comporté notamment l’exil à Babylone, annoncé et commenté par les prophètes.  Dieu a formé un peuple, le peuple d’Israël, à travers les centaines et centaines d’années du Premier Testament. Cette histoire a comporté des moments de destruction: « d’émondage ».

Et à l’époque de Jésus, une partie du peuple juif, dans la ligne spirituelle que les écrivains sacrés avaient préparée, était prête à accueillir Jésus.

L’histoire continue: comme Saint Paul l’explique en Romains 11,26 (voir mon billet de janvier dernier):
« Tout Israël sera sauvé« .

« O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! »  (Romains 11,33).

 

Saint Paul et le passage aux païens

Le passage des Actes que nous lisons aujourd’hui (Ac 13,26-33) nous montre Paul, dans la synagogue d’Antioche de Pisidie, présentant le message chrétien aux juifs et aux « craignant Dieu », avec notamment cette phrase: « C’est à nous que cette parole de salut a été envoyée ».

La semaine suivante (verset 44), « presque toute la ville s’était rassemblée »: donc notamment pas mal de païens; et les juifs « sont pris de fureur ». Paul et Barnabé déclarent alors: « Puisque vous repoussez la parole de Dieu, nous nous tournons vers les païens ».

C’est bien là le tournant du livre des Actes: la semaine précédente il y avait dans la synagogue des « craignant Dieu »; le samedi suivant il y avait vraiment des « païens ».

A Iconium ensuite (chapitre 14) il se passe la même chose. Puis, à leur retour à Antioche de Syrie (15,1), un conflit a lieu à propos de la circoncision, que Paul et Barnabé n’ont pas demandée aux païens devenus chrétiens.

D’où le « concile de Jérusalem » (15,4 et suivants), et l’acceptation de cette nouvelle orientation.

Avant ce tournant, il y avait certes eu la rencontre de Pierre avec Corneille, et le reproche qui lui avait été fait « d’être entré chez des non-circoncis »; mais il s’agissait de « craignant Dieu ».