Abraham…, Joseph… Qu’est-ce que cela nous apporte?

Comme nous terminons la lecture de la Genèse dans notre groupe Bible (voir Bibletudes), une amie, membre du groupe, se demande: « Qu’est-ce que cette lecture nous apporte? » Question à la fois « positive »: Qu’avons-nous retenu, compris, etc.; et « négative »: Est-ce que cela nous apporte quelque chose?

Ma réponse est basée d’abord sur la conviction qu’Abraham a vraiment existé; et en tout cas Joseph! Et c’est une réponse dans la foi.

Je crois que Dieu a vraiment conduit le peuple juif, à travers toute son histoire, pour se révéler à travers lui, et conduire finalement à la venue de Jésus. Jésus n’est pas venu n’importe quand, n’importe où: il est venu dans un peuple qui était préparé à le recevoir.

Je crois aussi que les patriarches, d’Abraham à Joseph, à travers leurs faiblesses et leur humanité, sont des modèles pour notre vie spirituelle, et nous montrent ce qu’est la relation de Dieu avec les hommes: Dieu fait des promesses et est fidèle; les patriarches de leur côté avancent dans la foi, comme saint Paul le rappelle par exemple dans l’épître aux Romains.
Cela se répète pas mal, dira-t-on: eh oui, une vie humaine, une vie spirituelle, est faite aussi de répétitions ou quasi-répétitions.

Dieu se révèle, non pas comme un infini inconnaissable, dangereux, mais comme un partenaire, qui parle à l’homme presque d’égal à égal. Et l’homme n’a pas peur devant lui: il discute; il rit !

Au total c’est l’histoire de notre famille ! C’est l’histoire du peuple des croyants: qui croient dans le Dieu trois fois saint, révélé à Israël puis par Jésus.
Cette histoire montre comment notre foi s’est formée, et s’est approfondie.

J’aime la relire, cette histoire, « sainte », qui a conduit d’Abraham aux prophètes, puis à Marie et à Jésus; et qui se continue à travers l’immense foule des témoins et martyrs de tous les siècles !

Joseph en Egypte: la thèse de J.Davidovits

L’histoire égyptienne comporte un personnage très semblable à Joseph.

Joseph Davidovits, égyptologue (« Ils ont construit les Pyramides » et autres livres) et spécialiste des ciments anciens, rapproche, dans son livre « La Bible avait raison » (tome 1 – Ed. J.C.Godefroy) le personnage biblique de Joseph de celui de « Amenophis fils d’Hapou », bâtisseur, « creuseur de canaux », ministre du Pharaon Amenhotep III (1390-1352), dont une statue colossale figure au musée du Caire. Un mausolée à Karnak est également dédié à ce personnage.

Spécialiste des ciments, J.Davidovits note que l’antiquité connaissait une espèce de ciment extrêmement résistante (appelée « opus signinum » par les Romains – cf p.ex. le Panthéon de Rome), qu’on utilisait de préférence pour les canalisations et les citernes.

Outre divers arguments qu’il serait long de reprendre, sur la transmission du savoir concernant les citernes, J.Davidovits montre que le nom donné par le Pharaon à Joseph en Genèse 41,45 (« Safnass-Panéah ») est extrêmement proche de Hanapou Sénophis (Amenophis fils d’Hapou) écrit à l’envers ! Les hiéroglyphes s’écrivent de gauche à droite et l’hébreu – qui en outre n’a pas de voyelles – en sens contraire. Volontairement ou non, explique J.Davidovits, le lien entre les deux noms a été perdu.

Plus largement, J.Davidovits montre comment, dans les siècles qui ont suivi, les Hébreux, de spécialistes recherchés, sont devenus esclaves, le changement de divinité dominante en Egypte étant la cause principale.

Une exposition itinérante remarquable

Ma paroisse, et la paroisse protestante voisine, accueillent cette quinzaine une exposition biblique remarquable, basée sur une vingtaine de tableaux de grands maîtres. Des guides audio et papier très bien faits (commentaires de qualité, références bibliques), ainsi qu’un jeu/quiz pour enfants sont proposés; et il y a aussi une belle sélection de livres que l’on peut acheter (grâce à « La Procure » locale).

Ls guides audio existent en 3 versions: adultes, ados et enfants. Et pour accueillir les groupes, un CD peut être diffusé par hauts parleurs…

Une vraie réussite; j’ai été bluffé: chaque tableau est commenté autant sous l’angle artistique que biblique. Les commentaires sont nuancés, enrichissants, complets.

J’ai pensé, en regardant cette exposition, à l’excellent livre de Bérénice Levet « Le musée imaginaire d’Hannah Arendt », où elle écrit notamment à propos du « Jugement de Salomon » de Nicolas Poussin: « Le peintre a synthétisé en une seule image les différents moments qui composent cet épisode (…). La tension dramatique y est à son comble ».

Vous pouvez voir le principe de cette exposition sur ce site.  L’expo est louée; elle est installée et accompagnée par des bénévoles locaux, qui distribuent aussi les écouteurs.
Merci à tous !

Genèse (Jacob etc.) : deux attitudes de lecture

En lisant le livre de la Genèse dans le cadre de notre groupe Bible, je m’aperçois qu’il y a au moins deux attitudes possibles face à ces textes, et par exemple face à l’histoire de Jacob et de ses femmes.

Une attitude est de se centrer sur l’essentiel (à mes yeux): Dieu crée un peuple, et par ce peuple nous aurons la connaissance progressive de son amour. Pourquoi a-t-il choisi Jacob? C’est son choix: il fallait bien choisir quelqu’un !

L’autre attitude, plus méfiante, et attentive surtout aux détails étranges de l’histoire (p.ex. les stérilités à éclipse des femmes de Jacob), voit les bizarreries du texte et garde donc un certain scepticisme sur toute ce récit: quel est ce Dieu qui manipule les hommes « comme des pions »? Où est notre liberté?

Comment répondre? Sommes-nous des pions entre les mains de Dieu? Je ne le crois pas. Nous sommes des enfants qu’il éduque, et un peuple (l’humanité) au sein duquel il choisit selon ses vues.
Les détails, du genre stérilité, correspondent sans doute aux besoins des lecteurs initiaux du texte; tant mieux si on peut retrouver le sens spirituel ou moral qui est derrière (il y en a sans doute un). Sinon tant pis ! Mais ils affirment en tout cas la liberté de Dieu! Liberté qu’il est bon d’accepter, dans notre relation confiante avec lui.

Jésus s’est-il ressuscité lui-même?

La plupart des textes parlant de la résurrection de Jésus disent que « Dieu l’a ressuscité ».

Il y en a tout de même au moins 4 qui disent, d’une façon ou d’une autre, qu’il « s’est relevé », donc en somme qu’il s’est ressuscité lui-même: Romains 6,4; 1 Co 15,12 et 15,20; et 1 Th 4, 14 (j’ai trouvé ces références par une note de la NBS en 1 Th 4,14). A moins bien-sûr qu’on comprenne ces passages comme voulant dire « Après que Dieu l’ait ressuscité, il s’est levé » !

Spontanément, pour moi, Jésus, étant Dieu, se ressuscite lui-même ! Si on dit que « Dieu l’a ressuscité », il me semble qu’on voit trop le corps humain de Jésus; et on voit « Dieu » comme extérieur à Jésus !

Donc pour moi, c’est dire « Dieu l’a ressuscité » qui n’est pas tout à fait exact: n’a pas de sens…

Et puis… il me revient ce passage de St Jean (10,17-18): « Je donne ma vie, pour la reprendre. 18. Personne ne me l’enlève ; mais je la donne de moi-même. J’ai pouvoir de la donner et j’ai pouvoir de la reprendre. »

Il s’est relevé !

PS: Pour pousser un peu le bouchon, les textes qui disent « Dieu l’a ressuscité » ne correspondraient-ils pas à une perception encore incomplète de la divinité de Jésus?! … Les biblistes me corrigeront !

PS 2 – Ma femme Catherine me signale un excellent article de blog sur la question: https://www.scholasaintmaur.net/qui-a-ressuscite-jesus/

 

Adam et la « connaissance du bien et du mal »

Le récit de la Genèse (Gn 3) est un mythe. Il ne s’agit pas, quoi qu’en disent Saint Paul et la liturgie, d’événements ayant eu lieu historiquement (*). Les auteurs du récit, vers le 6° siècle avant Jésus-Christ, voulaient expliquer par une histoire symbolique la situation de l’homme face à Dieu.

En ce qui concerne « l’arbre de la connaissance du bien et du mal », notons déjà qu’il y a deux façons d’en comprendre la nature: soit il s’agit qu’en mangeant son fruit on devienne capable de discerner correctement ce qui est bien et ce qui est mal. Soit que l’on se mette, en l’ayant mangé, à décider ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Cette deuxième interprétation n’est pas à exclure, mais ne me paraît pas la principale.

Que se passe-t-il, dans le récit, lorsqu’Adam et Eve ont mangé le fruit: tout de suite « leurs yeux s’ouvrent » (Gn 3,7), et ensuite « ils voient qu’ils sont nus » (fragilité, disent les commentateurs, plus que question de pudeur).
Dieu ne leur a pas dit qu’en mangeant du fruit de cet arbre ils connaîtraient le bien et le mal – c’est hors de leur portée ; il leur a dit au contraire qu’ils mourront; que cet arbre est  au-delà de ce qu’ils peuvent absorber avec profit.
Ils n’ont pas gagné la capacité complète de discerner ce qui est bien, mais ils ont tout de même commencé à prendre conscience de la réalité: ils sont faibles, et en danger.

L’homme, explique ce texte, n’est pas capable de dire ce qui est bien et ce qui est mal. N’étant pas (ou plus) en relation directe avec Dieu, il va l’apprendre « à la dure ». Par la Loi révélée à Moïse d’abord; puis, diront les chrétiens, par Jésus, qui montre que c’est le don total qui est le bien.

Le péché, c’est de ne pas accepter d’être en situation de dépendance par rapport à Dieu; de se croire Dieu. Le texte de la Genèse reste significatif de ce point de vue.

La mort, de même, s’explique dans ce texte: une vie illimitée aurait un sens auprès de Dieu, en croissant progressivement dans la connaissance et dans l’amour. Mais l’homme n’a pas, par sa nature, cette relation simple avec Dieu.
Jésus nous la donnera et nous révélera la vie éternelle.


(*) Voir Encyclopédie « Théo » 2009 page 185, commentaire du verset 3,16