« Dieu juge sa confiance juste » (Gn 15,5-6)

Dieu dit à Abram: « Compte les étoiles (..), telle sera ta descendance. » Abram eut foi dans le Seigneur…

Ensuite les traductions sont en général peu satisfaisantes:
– « … et le Seigneur estima qu’il était juste »
– « … et le Seigneur le considéra comme juste ».

Je trouve intéressante la traduction Bayard (« Nouvelle traduction »):
– « Il s’appuie sur Yhwh qui juge sa confiance juste. »
Dieu en quelque sorte évalue, et voit que la confiance, la foi, d’Abram est bonne, solide.

Une note de la TOB précise:  Le terme hébreu traduit par « juste » désigne un accord complet avec la volonté de Dieu, plutôt que la rectitude morale.

Que dire de l’épître aux Romains ?  😉
Elle parle de l’évangile qui révèle la « justice de Dieu » « par la foi » (Rm 1,17). La justice de Dieu, c’est le fait que Dieu veut sauver les hommes. Quant aux hommes, ils sont « justifiés » par la foi, c’est à dire « rendus justes »…

Ce qui m’intéresserait, c’est de trouver chez Saint Paul quelque chose concernant le progrès dans la vie de foi, qui fait passer d’une foi hésitante à une foi « juste » !
Au lieu de se centrer sur « suis-je sauvé? », se centrer sur une « confiance juste », qui fait dès à présent vivre dans l’amour, et même faire des miracles.

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« Quelle est la bonne traduction? »

Parfois, dans nos groupes bibliques, à propos d’un passage sur lequel les différentes Bibles proposent des traductions différentes, la question est posée: « Quelle est la bonne traduction? »

Résumons la situation:
– Il peut y avoir des différences entre les manuscrits: une Bible aura choisi un texte, et l’autre un autre;
– Il peut y avoir des ambiguïtés dans le texte biblique: plusieurs interprétations possibles de ce que l’auteur veut dire!
– Et aussi il y a le contexte, les allusions: littérairement, il peut y avoir plusieurs façons, en français, d’en rendre compte.
– Bien-sûr, il y a le public visé par la Bible: une Bible « en français courant » traduira parfois différemment.
– Enfin, de fait, il peut y avoir des maladresses dans telle ou telle traduction: l’auteur ou les auteurs ne se sont pas rendus compte que leur rédaction serait interprétée d’une façon différente de ce qu’est (probablement) le sens du texte. Voir un exemple ici.

« Il l’émonde pour qu’il en porte davantage » (Jean 15,2)

Il y a quelques jours nous lisions en groupe Bible le passage de Matthieu 22 – le festin nuptial – où le roi se met en colère et fait périr les assassins (22,7). Est-ce vraiment cela l’attitude de Dieu, nous demandions-nous.

J’ai repensé à l’histoire d’Israël, qui a comporté notamment l’exil à Babylone, annoncé et commenté par les prophètes.  Dieu a formé un peuple, le peuple d’Israël, à travers les centaines et centaines d’années du Premier Testament. Cette histoire a comporté des moments de destruction: « d’émondage ».

Et à l’époque de Jésus, une partie du peuple juif, dans la ligne spirituelle que les écrivains sacrés avaient préparée, était prête à accueillir Jésus.

L’histoire continue: comme Saint Paul l’explique en Romains 11,26 (voir mon billet de janvier dernier):
« Tout Israël sera sauvé« .

« O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! »  (Romains 11,33).

 

Saint Paul et le passage aux païens

Le passage des Actes que nous lisons aujourd’hui (Ac 13,26-33) nous montre Paul, dans la synagogue d’Antioche de Pisidie, présentant le message chrétien aux juifs et aux « craignant Dieu », avec notamment cette phrase: « C’est à nous que cette parole de salut a été envoyée ».

La semaine suivante (verset 44), « presque toute la ville s’était rassemblée »: donc notamment pas mal de païens; et les juifs « sont pris de fureur ». Paul et Barnabé déclarent alors: « Puisque vous repoussez la parole de Dieu, nous nous tournons vers les païens ».

C’est bien là le tournant du livre des Actes: la semaine précédente il y avait dans la synagogue des « craignant Dieu »; le samedi suivant il y avait vraiment des « païens ».

A Iconium ensuite (chapitre 14) il se passe la même chose. Puis, à leur retour à Antioche de Syrie (15,1), un conflit a lieu à propos de la circoncision, que Paul et Barnabé n’ont pas demandée aux païens devenus chrétiens.

D’où le « concile de Jérusalem » (15,4 et suivants), et l’acceptation de cette nouvelle orientation.

Avant ce tournant, il y avait certes eu la rencontre de Pierre avec Corneille, et le reproche qui lui avait été fait « d’être entré chez des non-circoncis »; mais il s’agissait de « craignant Dieu ».

Les femmes de la Bible … dans le Lectionnaire ?

Un article intéressant du site « Futurechurch »  (que j’ignorais), montre des omissions, peut-être pas innocentes, dans le lectionnaire, concernant les femmes !
https://www.futurechurch.org/les-femmes-de-la-bible-et-le-lectionnaire

Il s’agit pour l’essentiel du lectionnaire quotidien, que peu de gens lisent. Les textes lus à la messe quotidienne sont également concernés, mais dans quelques cas seulement.

 

Cent cinquante-trois poissons (Jn 21,11)

Curieux, ce « temps avant l’Ascension »…
Il y aura ensuite le temps avant la Pentecôte, où les Actes nous décrivent les disciples rassemblés dans la chambre haute (Ac 1,13).
Mais ici, Jésus n’est pas encore monté au ciel: il apparaît, ressuscité, de temps en temps!

L’épilogue de l’évangile de Jean nous décrit Pierre et ses compagnons qui ont l’air d’avoir repris leurs activités en Galilée au bord du lac, comme si rien ne s’était passé! Comme si Jésus ressuscité ne leur était pas apparu au Cénacle (Luc 24,36 – où l’Ascension suit immédiatement).

Jean 21 est un tableau magnifiquement composé, associant sept disciples, et donnant à chacun son caractère: « Le disciple que Jésus aimait » est le premier à reconnaître Jésus; Pierre, impulsif et bouillant comme toujours, se jette à l’eau (non sans avoir enfilé un vêtement!). Jésus demande si les disciples ont du poisson… mais il en a déjà, en fait ! Et personne n’ose lui demander: « Qui es-tu » !!
Et il y a le dialogue final, où l’Eglise est confiée à Pierre.

Et aussi  ce filet, qui ne se rompt pas, et qui ramène « cent cinquante-trois gros poissons ». On y a souvent vu la figure de l’Eglise.

Mais pourquoi 153  poissons? Beaucoup d’interprétations ont été proposées, voir par exemple ici.
Notre fils François Lestang (ccn), bibliste, indique une interprétation basée sur le nombre de lettres de l’alphabet hébreu, nombre qui scande également certains psaumes, dont le 118 (117), qui insiste sur l’amour de la LOI.
7 disciples sont là; 22 lettres à l’alphabet hébreu: 7×22= 154….  Pourquoi 153 seulement? Parce que c’est Jésus, désigné comme « ichtus » (poisson) dans l’église primitive, qui est le 154°..
La loi est accomplie.

Un petit effort !

Deux points, liés aux lectures liturgiques d’aujourd’hui, m’amènent à réagir.

D’abord la première lecture, que le lectionnaire liturgique annonce fièrement comme « Lecture du livre du prophète Daniel » ! Mais même la Traduction liturgique  ne parle pas de « prophète » Daniel; elle parle du « Livre de Daniel », comme le font aussi bien entendu la TOB et autres bibles.
Le livre de Daniel, composite, est une fiction – un peu comme le livre dit du « prophète » Jonas. Certes il a un contenu partiellement prophétique – ou plutôt apocalyptique, mais, encore une fois, il n’y a que le lectionnaire qui utilise cette appellation inappropriée.

Concernant maintenant l’évangile de Jean, en 8,41, « Nous ne sommes pas nés de la prostitution… » Le passage est bien connu, et sa signification est classique, en lien avec les textes des prophètes (p.ex. Osée). Ce qui m’a stupéfié, c’est le détail d’une note de la TOB, qui parle de façon bien affirmative des pharisiens et autres interlocuteurs de Jésus, dans les termes suivants:
« Croyant être fidèles à Dieu envers et contre tout, ils se sont séparés de lui, de sorte que, maintenant, c’est Satan qui est devenu leur père« .

Ce qui, dans l’évangile de Jean, est plutôt me semble-t-il une façon de parler, ou tout au plus une mise en garde, devient dans cette note une affirmation pleine et directe, même pas mise dans la bouche de Jésus: présentée comme une vérité théologique…

Je ne me vois pas parler en ces termes à des amis juifs, pour leur expliquer ce passage !
Un peu de recul svp !