Le Baptême – milieu de la vie de Jésus

Un prêtre, commentant le baptême de Jésus, disait que Jésus, en quelque sorte, pendant 30 ans, avait « appris à devenir un homme », pour ensuite, après ce passage par le point le plus bas (le Jourdain), nous apprendre à devenir Dieu.

Je dois dire que j’aime cette image, qui imagine Jésus grandissant et prenant conscience peu à peu de tout ce que c’est d’être un homme !

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« Jésus, l’encyclopédie » (Doré, Pedotti et alii): remarquable!

Je découvre le gros livre « Jésus, l’encyclopédie » sorti en octobre dernier. La liste des contributeurs est impressionnante, le plan du livre astucieux, etc.! Une réussite, y compris dans l’iconographie, commentée par François Boesplug.

C’est un plaisir de découvrir les analyses fines de tel ou tel bibliste, faisant par exemple remarquer l’emploi assez particulier des mots dans un passage ou un autre. Astucieux aussi d’avoir donné la parole à des non chrétiens, pour compléter la réflexion. La structure du livre est fort bien conçue, et on se réjouit à l’avance de tout ce que l’on va découvrir.

Je complète peu à peu avec des remarques plus nuancées:
– Les deux premiers articles, s’appuyant sur de nombreuses références bibliques et comportant une « pointe » théologico-spirituelle, me laissent, à la réflexion, mal à l’aise. Les auteurs, tout à leur(s) thèse(s), ont sélectionné les passages bibliques qui les appuient, et écarté les passages qui vont en sens contraire ! Il aurait fallu au moins argumenter pour dire pourquoi ces passages ne sont pas retenus: S’agissant de Jésus ressuscité, pourquoi aucune mention d’Emmaüs, ni des passages de Luc ou de Jean où Jésus parle et mange avec ses disciples? Bizarre. De même dans le deuxième article (« Paul a-t-il rencontré Jésus? »), les trois textes des Actes mentionnant en détail la conversion de Paul ne sont pas étudiés et sont attribués à la volonté de Luc d’insister sur l’importance de toute conversion. Je ressens cela comme la démarche d’un prédicateur « littéraire », qui veut développer une thèse particulière – intéressante il est vrai – devant son public; pas comme ce que j’attends personnellement, avec mon esprit scientifique, du travail équilibré d’un bibliste.

Cela reste passionnant, mais c’est bien dommage.

Parallèle entre Eden et histoire d’Israël

André Wénin écrit:

L’être humain est créé dans un lieu désertique (Gn 2,5-7), tout comme Israël, suite à la sortie d’Égypte, est formé par Dieu au désert (Dt 32,10-12). L’Adam est ensuite introduit par Dieu dans le jardin dont il reçoit les fruits et dont il devient le gardien (Gn 2,8-9.15-16) ; de la même manière, Dieu fait entrer son peuple dans la terre de Canaan pour qu’il en prenne possession, s’y installe et jouisse de ses fruits (Jos 1,10 ; 5,10 ; 24,13). Avec le jardin, le Adonaï donne à l’Adam une loi de vie en le prévenant d’un chemin menant à la mort (Gn 2,16-17) ; parallèlement, après le don de la terre, Josué invite le peuple à choisir la loi de Dieu pour épanouir sa vie et l’avertit qu’un refus de cette loi entraînera la perte du don et la destruction du peuple (Jos 23,5- 16 ; voir Dt 28 ; 30,15-20). En se fiant à la parole du serpent, Adam et Ève tombent dans l’idolâtrie et s’aliènent le Dieu de vie (3,6-13) qui les chasse du jardin et les voue au malheur qu’ils ont eux-mêmes choisi (3,14-24). De même dans l’histoire deutéronomiste : l’oubli de la loi divine entraîne le peuple à sa ruine, oubli qui commence toujours par l’idolâtrie (voir Dt 4). Cette idée guide la relecture théologique de la période des Juges qui va de Josué à Samuel, ainsi que de la longue histoire des rois jusqu’à l’expulsion d’Israël loin de la terre (2 R 17,7-23 ; 24,2-4). Sur ce parallèle entre le récit de l’Éden et l’histoire deutéronomiste, voir N. LOHFINK, L’Ancien Testament, bible du chrétien aujourd’hui (Paris 1969) 78-81. Voir le dossier sur ce point dans A. WÉNIN, « Le mythique et l’historique dans le premier Testament », in: M. HERMANS-P. SAUVAGE (éds),

2 Maccabées, résurrection

On parle souvent de 2 Maccabées 12, qui est le seul exemple de prière pour les morts dans le Premier Testament (C’est parce que les protestants ne reconnaissent pas ce livre comme biblique qu’ils ne prient pas pour les morts).

Les allusions à la résurrection des morts sont pour leur part relativement peu nombreuses dans le Premier Testament. Il est intéressant de noter que 2 Maccabées 7 (le martyre des sept frères en présence de leur mère) en contient un bel exemple, et en plusieurs versets: 9, 11, 14, puis 23, 29 et 36 !

Plus généralement, à propos des « deutérocanoniques », je trouve ce long texte, sans doute ancien mais assez complet:

https://www.gloria.tv/article/7SVBAXwo9hvy2K7NeRZpMEtGS

Retour sur le Notre Père

A l’occasion de la mise en place prochaine du « nouveau Notre Père », j’ai essayé de récapituler la question, telle que je la perçois. Cela donne le texte suivant:

« Entrer dans la tentation »: Dieu nous soumet parfois à une situation de tentation. Mais ne nous soumettons pas à elle !

Le texte latin du Notre Père n’est pas changé:  « ne nos inducas in tentationem ».

  • En français on disait, jusqu’à 1966,  « Ne nous laissez pas succomber à la tentation ». Puis on a dit, jusqu’à cette année:  « Ne nous soumets pas ».
  • Et voici que maintenant on va dire  « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».

Jésus a été poussé au désert par l’Esprit pour y être tenté par le diable (Mt 4,1).
L’épitre de Jacques, de son côté, affirme: « Que personne ne dise, lorsqu’il est tenté : C’est Dieu qui me tente ; car Dieu ne peut être tenté par le mal, et lui-même ne tente personne » (Jacques 1:13).

La traduction en vigueur jusqu’à cette année (« ne nous soumets pas ») était ambigüe et non vraiment « fausse ». Selon la façon dont on la comprenait, elle était juste, ou non:
– Ce n’est pas Dieu qui tente (au désert, c’est le diable qui tentera Jésus).
– Mais dans certains cas, notre chemin spirituel nous fait affronter des tentations; elles ne nous sont pas toujours épargnées. Et celui qui y est soumis peut dire au Seigneur: « S’il-te-plaît, ne me soumets pas à ces situations » – en ajoutant ensuite, comme Jésus: « Mais que ta volonté soit faite, et non la mienne ».

Il s’agit donc à la fois que Dieu nous évite les situations de tentation, « ne nous conduis pas trop vers des tentations » (cf texte latin ci-dessus, qui reste valable semble-t-il), et que « nous ne nous soumettions pas » à ces tentations, c’est à dire que nous ne cédions pas, face à une tentation !
C’est sans doute cela que veut dire « entrer » dans la tentation, dans la nouvelle traduction: cela voudrait dire accepter la tentation: pécher!

Remarques complémentaires:
– En grec c’est eisfero: « ne nous emporte pas dans l’épreuve » !!
– Jésus, lors de la passion, dit aux disciples: « Priez pour ne pas entrer (être emporté) en tentation » (Luc 22,40) – Exactement le même verbe et le même substantif que dans le Notre Père.

Voir le flyer que j’ai préparé en http://www.plestang.com/blog/2017/le-nouveau-notre-pere .

Complément 1: Il reste, en Mt comme en Lc, le fait que le texte grec dit « Ne nous fais pas entrer.. » (cf traduction NBS, en général la plus fidèle). L’explication a été donnée en 1969 par le père Carmignac (cf  cet article): l’original araméen (dont il suppose l’existence) utilisait d’après lui une formule « factitive », « fais que nous n’entrions pas« , qui a été mal interprétée en grec.

Complément 2: Le père Carmignac (pp. 72-73) distingue nettement, en prenant des exemples, « entrer en tentation » de « entrer dans la tentation ». Pour lui « entrer en tentation » signifie « commencer à être tenté », alors que le texte grec parle de « pénétrer à l’intérieur de la tentation ».
J’en conclus que la traduction nouvelle n’est pas vraiment correcte. Dans mon « flyer » cité plus haut j’avais, de fait, insisté sur « entrer dans la tentation », seule façon me semblait-il de décrire correctement la situation.
Il faudrait donc dire: « Ne nous laisse pas entrer dans la tentation« . mais c’est peu élégant en français; cela dit c’est le même nombre de syllabes qu’actuellement – si on élide le « e » de « laisse ».
Le père Carmignac propose « Garde-nous de consentir à la tentation« .

Et au total il demeure un problème « biblo-théologique »: ou bien Matthieu est « faux » (en disant « ne nous fais pas entrer »), ce qui veut dire qu’il y a des « erreurs » dans l’écriture (il y en a d’autres, mais qui sont plutôt liée à ce que les textes sont « datés », « anciens »: exemple le retour prochain du Christ).  Ou bien Matthieu est « juste », avec deux conséquences:  i. C’est Jacques qui est faux (!)  et ii. Notre théologie sur le rôle de Dieu dans le mal est à revoir… Impossible? Relisez Isaïe 45,7: « Je fais le bonheur et je crée le malheur; c’est moi, le SEIGNEUR, qui fais tout cela. »
Je vous laisse méditer. Mais il est vrai que « mal » et « malheur » ne sont pas la même chose – pas la même chose du tout ! Un « malheur » apparent peut être pour notre bien.

Au total retenons que le texte grec de Matthieu comprend, sauf élément nouveau, une « erreur de traduction »…

 

 

Rom 7,14-24 « Malheureux homme… »

Fine analyse de ce texte par François Lestang dans un MOOC du Chemin Neuf.

Dans ce texte il ne s’agit pas – on le sait en général – du chrétien. Mais François montre, en deux colonnes, que ce sont à la fois la situation du juif et celle du païen (grec ou romain) qui sont décrites ! Avec de belles citations d’auteurs grecs anciens, où l’on retrouve la même réflexion !

Vie et mort… dans l’au-delà

Plusieurs paraboles présentent Dieu, ou Jésus, comme un maître qui peut être sévère; par exemple la parabole des invités au festin (Mt 22 – Luc est plus gentil): le maître met à mort les invités qui n’ont pas voulu venir; et l’homme qui n’avait pas revêtu la tenue de noces est jeté dehors, pieds et mains liés.

En ce qui concerne la tenue de noces (que l’on donnait sans doute à l’entrée de la noce à tous les invités), le refus de la revêtir peut être interprété comme un refus de recevoir quelque chose de Dieu: le salut nous est donné, il faut accepter de le recevoir.

Mais que sont les ténèbres extérieures?
Beaucoup de protestants et d’évangéliques pensent que notre « salut » est décidé au moment de notre mort, définitivement. Les catholiques ont introduit la notion de purgatoire, en se basant notamment sur Mt 12,31 où Jésus parle de péchés qui ne seront pardonnés « ni dans ce monde ni dans le monde à venir ».

Personnellement, comme je l’indique notamment dans « Le fait Jésus », j’estime que nous ne savons absolument pas de quoi l’existence après la mort est faite: il y aura peut-être aussi, dans l’au-delà, des enjeux de vie et de mort: Jésus nous met en garde, et Marie aussi, dans ses apparitions.

En somme, entrer dans le salut dès cette terre, c’est franchir une première étape, c’est aborder l’au-delà dans les meilleures conditions. Mais nous aurons peut-être encore des combats, car après tout le démon est bien un être de l’au-delà.

Ceux qui se seront écartés de l’amour au cours de leur vie terrestre seront plus en risque ensuite. Il faut prier pour eux. Les paraboles nous expliquent peut-être cela.