« Jésus, l’encyclopédie » (Doré, Pedotti et alii): remarquable!

Je découvre le gros livre « Jésus, l’encyclopédie » sorti en octobre dernier. La liste des contributeurs est impressionnante, le plan du livre astucieux, etc.! Une réussite, y compris dans l’iconographie, commentée par François Boesplug.

C’est un plaisir de découvrir les analyses fines de tel ou tel bibliste, faisant par exemple remarquer l’emploi assez particulier des mots dans un passage ou un autre. Astucieux aussi d’avoir donné la parole à des non chrétiens, pour compléter la réflexion. La structure du livre est fort bien conçue, et on se réjouit à l’avance de tout ce que l’on va découvrir.

Je complète peu à peu avec des remarques plus nuancées:
– Les deux premiers articles, s’appuyant sur de nombreuses références bibliques et comportant une « pointe » théologico-spirituelle, me laissent, à la réflexion, mal à l’aise. Les auteurs, tout à leur(s) thèse(s), ont sélectionné les passages bibliques qui les appuient, et écarté les passages qui vont en sens contraire ! Il aurait fallu au moins argumenter pour dire pourquoi ces passages ne sont pas retenus: S’agissant de Jésus ressuscité, pourquoi aucune mention d’Emmaüs, ni des passages de Luc ou de Jean où Jésus parle et mange avec ses disciples? Bizarre. De même dans le deuxième article (« Paul a-t-il rencontré Jésus? »), les trois textes des Actes mentionnant en détail la conversion de Paul ne sont pas étudiés et sont attribués à la volonté de Luc d’insister sur l’importance de toute conversion. Je ressens cela comme la démarche d’un prédicateur « littéraire », qui veut développer une thèse particulière – intéressante il est vrai – devant son public; pas comme ce que j’attends personnellement, avec mon esprit scientifique, du travail équilibré d’un bibliste.

Cela reste passionnant, mais c’est bien dommage.

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Parallèle entre Eden et histoire d’Israël

André Wénin écrit:

L’être humain est créé dans un lieu désertique (Gn 2,5-7), tout comme Israël, suite à la sortie d’Égypte, est formé par Dieu au désert (Dt 32,10-12). L’Adam est ensuite introduit par Dieu dans le jardin dont il reçoit les fruits et dont il devient le gardien (Gn 2,8-9.15-16) ; de la même manière, Dieu fait entrer son peuple dans la terre de Canaan pour qu’il en prenne possession, s’y installe et jouisse de ses fruits (Jos 1,10 ; 5,10 ; 24,13). Avec le jardin, le Adonaï donne à l’Adam une loi de vie en le prévenant d’un chemin menant à la mort (Gn 2,16-17) ; parallèlement, après le don de la terre, Josué invite le peuple à choisir la loi de Dieu pour épanouir sa vie et l’avertit qu’un refus de cette loi entraînera la perte du don et la destruction du peuple (Jos 23,5- 16 ; voir Dt 28 ; 30,15-20). En se fiant à la parole du serpent, Adam et Ève tombent dans l’idolâtrie et s’aliènent le Dieu de vie (3,6-13) qui les chasse du jardin et les voue au malheur qu’ils ont eux-mêmes choisi (3,14-24). De même dans l’histoire deutéronomiste : l’oubli de la loi divine entraîne le peuple à sa ruine, oubli qui commence toujours par l’idolâtrie (voir Dt 4). Cette idée guide la relecture théologique de la période des Juges qui va de Josué à Samuel, ainsi que de la longue histoire des rois jusqu’à l’expulsion d’Israël loin de la terre (2 R 17,7-23 ; 24,2-4). Sur ce parallèle entre le récit de l’Éden et l’histoire deutéronomiste, voir N. LOHFINK, L’Ancien Testament, bible du chrétien aujourd’hui (Paris 1969) 78-81. Voir le dossier sur ce point dans A. WÉNIN, « Le mythique et l’historique dans le premier Testament », in: M. HERMANS-P. SAUVAGE (éds),