« Ne nous soumets pas à l’épreuve »

Sur son blog, Desiderius Erasme critique la nouvelle traduction du Notre Père, sous le titre: « D’une erreur à l’autre » .

C’était sur le mot tentation, estime-t-il, qu’il fallait réfléchir, et c’était lui qu’il fallait changer. Il s’agit d’épreuves (cf traduction Nouvelle Bible Segond), et Dieu peut effectivement nous y soumettre. Mais on peut lui demander « si c’est possible » (cf Jésus à l’agonie) d’en être délivré.

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Romains 7

La liturgie faisant actuellement lire l’épître aux Romains, et notamment le difficile chapitre 7, je reproduis ci-dessous un extrait de la traduction que j’en ai effectuée il y a une dizaine d’années, avec les notes en italique.

Pour le texte complet de ma traduction, avec introduction et notes, voir http://plestang.free.fr/romains.htm .

7,9
Je vivais sans Loi autrefois.
Quand le commandement est venu
le péché a pris vie

Le « je » de tout ce passage, jusqu’à la fin du
chapitre, désigne l’homme en général, et non Paul. Ici: l’homme avant la Loi ou avant le « commandement » (Adam?).

7,10
et moi je suis mort:
le commandement qui devait conduire à la vie
m’a conduit à la mort.
7,11
Le péché a saisi l’occasion du commandement
pour me séduire
et, par lui, me tuer.
7,12
La Loi, en elle-même, est sainte;
le commandement est juste et bon.
7,13
Est-ce que c’est le bien
qui est devenu mort pour moi?
Pas du tout; c’est le péché!
Pour qu’on voie bien ce qu’il est,
il m’a donné la mort
en se servant de ce qui est bon.
Ainsi, par le commandement,
le péché apparaît
dans toute sa puissance de péché.
7,14
Certes, nous le savons,
la Loi est une réalité spirituelle;
mais moi, je suis un être charnel,
esclave du péché.

Sur l’usage du « je », voir note au 7,9 ci-dessus. La plupart des commentateurs considèrent que le
paragraphe qui commence ici concerne l’homme de l’Ancien Testament, sous la Loi, même si la
situation du chrétien est pour une part similaire (elle est décrite notamment en Galates 5,17).
7,15
Vraiment ce que je fais
je ne le comprends pas:
car ce que je voudrais faire, je ne le fais pas,
et ce que je hais, je l’accomplis!
7,16
Si je fais ce que je ne veux pas,
je suis d’accord pour dire que la Loi est bonne.
7,17
Mais ce n’est pas moi qui accomplis cela:
c’est le péché qui habite en moi!

L’homme sans la grâce du Christ est comme « asservi » au péché; il garde cependant sa propre
volonté.

7,18
Je sais que le bien n’habite pas en moi,
je veux dire dans ma chair:
car vouloir le bien est à ma portée
mais pas l’accomplir.
« Chair » est pris au sens de « nature pécheresse ».

7,19
En effet, le bien que je veux faire
je ne le fais pas,
mais le mal que je ne veux pas faire
je le fais!
7,20
Si donc je fais ce que je ne veux pas,
ce n’est pas moi qui accomplis cela,
mais le péché qui habite en moi.
7,21
Moi qui voudrais réaliser le bien,
je découvre ainsi ce fait:
ce qui est à ma portée, c’est le mal!
7,22
Au fond de moi-même,
la Loi de Dieu me plaît;
7,23
mais je découvre
dans mon corps une autre loi,
luttant contre celle de ma raison:
je suis prisonnier du péché qui est en moi.

Le mot « loi » est pris ici au sens de « principe de
fonctionnement ».

7,24
Malheureux homme que je suis!
Qui me délivrera de ce corps qui mène à la mort?
7,25
Grâces soient rendues à Dieu
en Jésus-Christ, notre Seigneur!
Donc je suis à la fois, dans mon intelligence,
le serviteur de la Loi de Dieu,
et dans mon corps
l’esclave du péché.

La prière de Marthe

Hier l’évangile du jour était celui de Marthe et Marie, Luc 10,38-42; la première lecture était du livre de Jonas (chapitre 3, la conversion de Ninive).
La soeur qui faisait l’homélie nous a d’abord demandé lesquels parmi nous s’identifiaient à Marthe…

Ensuite, suivant une méthode qu’elle affectionne et que j’apprécie, elle nous a montré successivement deux objets. En la circonstance deux bouteilles.
La première bouteille était remplie d’eau aux trois quarts: c’est Marie, remplie déjà de prière, et prête à recevoir davantage encore l’Esprit en elle.
La deuxième bouteille par contre était remplie de tout ce que les mères de famille comme elle et comme d’autres dans l’assistance ont en tête au moment d’entrer dans la prière: des clés, des médicaments, des listes de course, ..
Comment arriver dans ces conditions à entrer en prière?
Peut-être Jésus veut-il nous inviter à libérer notre esprit, à nous dégager de ce qui nous encombre.

Je reproduis ci-dessous avec son accord l’homélie faite par Marie-Noëlle Gelebart (Communauté du Chemin Neuf).

C’est un passage d’évangile bien connu, même trop connu sans doute! Que peut-on encore en apprendre? Peut-il encore nous rejoindre, nous parler, nous interpeller aujourd’hui… comme l’a fait le message de Jonas aux habitants de Ninive…

D’abord je voudrais prendre la défense de Marthe. Peut-être parce que je me retrouve en elle , comme sans doute beaucoup d’entre nous! N’a-t-elle pas raison de vouloir bien recevoir Jésus? Elle veut faire au mieux, et cela me paraît logique! « Marthe » veut dire « Maîtresse » (de maison): elle répond donc pleinement à sa vocation. Que dire d’une maîtresse de maison qui passerait ses journées à prier au lieu d’organiser sa maison? Ou d’une mère de famille très priante mais qui n’a pas préparé le repas quand ses enfants rentrent de l’école! Ou encore d’un chef d’entreprise ou d’un employé qui ne fait pas son travail… car il a choisi la meilleure part: prier!

Il faut être un peu réaliste tout de même… 

Alors que veut nous dire cet évangile ? Comment cette Parole de Dieu peut-elle nous rejoindre dans notre quotidien, et nous transformer ?

Et si dans ce passage, il ne s’agissait pas d’une opposition ACTION / CONTEMPLATION, ou SERVICE / PRIERE, « Ora » contre « labora », mais plutôt d’une sorte de « parabole », comme une illustration de la PRIERE elle-même.

En effet, prier, c’est recevoir Jésus, l’accueillir en nous, au plus intime de notre être. Et là, c’est comme si deux façons de prier nous étaient présentées :

– soit comme Marie, à l’image de cette bouteille d’eau, ce récipient, ce réceptacle. Elle est limpide, transparente, disponible, déjà envahie par la grâce mais il reste encore de la place pour recevoir, accueillir la Parole, être abreuvée de l’eau de la grâce, l’Esprit Saint… Elle est là aux pieds du Seigneur à écouter sa Parole, paisible.

– soit comme Marthe, à l’image de cette bouteille remplie de toutes sortes de choses (pinces à linge pour la lessive à faire, médicaments pour le rendez-vous médical oublié qu’il faut prendre rapidement, cuillère pour le prochain menu à préparer, argent pour les courses à faire,  clés,etc.) Elle est agitée, bruyante, encombrée, pleine de ses soucis, ses questions, ses problèmes. Il n’y a plus de place!

Et souvent notre prière ressemble à cela : il n’y a plus de place en nous pour recevoir la Parole, accueillir le Christ.

Il nous faut demander la grâce de la CONVERSION, comme les habitants de Ninive, avec force. Comme dans le Psaume crier vers le Seigneur: « Des profondeurs je crie vers toi Seigneur… » Seuls, nous n’y arriverons pas (si je veux de moi-même vider la bouteille, je n’y arrive pas, elle est trop pleine,  tout est coincé !)

Grâce de disponibilité à Sa Présence. Grâce d’entendre sa voix.

Il nous faut simplement, comme le dit l’antienne de l’évangile de ce jour : « OUVRIR notre porte pour trouver bonheur et joie ».