« Le juste vivra de la foi » (Rm 1,17)

Je retiens ici la traduction de la Bible de Jérusalem, fidèle à mon sens au texte grec.
Ce billet de blog prend sa source dans deux échanges récents que j’ai eus sur Facebook.

Paul, dans ce passage extrêmement connu – notamment utilisé par Luther – cite le prophète Habaquq (2,4)… dans sa version grecque – les « Septante ». Car la version hébraïque officielle dit « vivra de sa  fidélité« , ce qui peut avoir un sens bien différent: fidélité aux 613 commandements, et non pas vie dans la foi…

On retrouve ici, entre autres, le sens et la place qu’il faut donner à la Septante. J’en ai déjà parlé dans le billet précédent.

« Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris, béni soit son nom »  s’écrie Job (1,21) . Et mon ami Michel Lévy écrit, dans un commentaire FB sur un de ses billets de blog: « HaChem ajoute et retire à la fois … ».

J’y ai repensé en lisant dans Seraphim l’interview d’Olivier Turbat, prêtre qui a eu un AVC. Olivier dit notamment: « J’avais une sorte de maîtrise sur ma progression spirituelle. Maintenant je ne comprends pas grand-chose, je suis dépossédé. Je ne sais plus ma vocation, ni la valeur de ma vie, mais « laissez à Jésus les mains libres et permettez-lui de vous utiliser sans vous consulter », dit Mère Teresa. En fait je ne sais pas comment Dieu m’utilise mais je sais qu’il le fait. »

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La Septante !

Je trouve de temps en temps, dans des textes écrits par des gens qui sont en principe des spécialistes, des jugements négatifs sur la « Septante », version grecque du Premier Testament. A les en croire – par leurs commentaires ou à travers des allusions – il y aurait lieu de ne pas s’intéresser à ce document, qui comporte un certain nombre de différences avec les versions hébraïques disponibles.
Rappelons que la Septante est une traduction en grec de la Bible hébraïque, réalisée pour être intégrée dans la bibliothèque d’Alexandrie, vers 270 avant Jésus-Christ. Cette version grecque de la Bible s’est ensuite largement répandue dans le bassin méditerranéen. C’est elle, en général, qu’utilisent (que citent) les auteurs des évangiles.

D’autres spécialistes n’ont pas cette réserve par rapport à la Septante; ils considèrent que probablement le texte hébreu qu’ont utilisé les rédacteurs de la Septante était simplement, sur certains points, différent des manuscrits dont nous disposons actuellement. Et, de temps en temps, on retrouve un fragment de vieux manuscrit hébreu qui, ô surprise, est identique à la Septante. Non pas que la Septante soit meilleure: elle est simplement différente sur certains points, comme le sont souvent entre eux les divers manuscrits hébreux.

Ce qui est intéressant aussi, c’est que parfois la Septante montre quelle interprétation du texte hébreu a été faite par les traducteurs – et était peut-être une interprétation courante à leur époque. Un cas célèbre est celui de la  jeune fille (« parthenos ») qui enfantera (Isaïe 7,14). Les esprits sûrs d’eux-mêmes rejettent cette lecture du texte, et disent que la Septante n’a pas été fidèle au texte hébreu…

Un dernier exemple, mineur, que je trouve dans le livre de Donald Knuth (« Bible 3.16 »): un fragment hébreu du livre de Josué, comportant une partie des versets 3,15 et 3,16 et plus ancien que les manuscrits connus précédemment, a été trouvé dans les grottes de la mer Morte. Le verset 3,15 comprend, à la fin, le mot « orge » alors que ce mot ne figure pas dans les versions hébraïques connues précédemment. Mais il figure dans la Septante. La  TOB le mentionne en note en disant « Le grec précise… » ; la Nouvelle Bible Segond ne le mentionne pas.

« Tu as fait dire au Seigneur.. » (Deut. 26,17)

Le verset 26,17 du Deutéronome est assez singulier. La TOB indique en note: « On ne trouve nulle part ailleurs dans la Bible une semblable déclaration que chacun des partenaires de l’alliance obtient de l’autre ».

La traduction liturgique dit: « Tu as obtenu du Seigneur cette déclaration: lui sera ton Dieu, toi, tu suivra ses chemins, … »
La TOB: « C’est le Seigneur que tu as amené aujourd’hui à déclarer qu’il devient ton Dieu… » (curieux, ce « devient »…).
La Nouvelle Bible Segond : « Tu as fait promettre au Seigneur… »

Curieusement, la Bible américaine Anselm Academic n’a pas du tout ce texte, et écrit: « You have accepted the LORD’s agreement: He will be your God (..) « . De même la Bible Parole de Vie écrit: « Vous avez reçu aujourd’hui une promesse du Seigneur: (..). »

Mon niveau d’hébreu (!) n’est pas suffisant pour comprendre l’original. Chouraqui écrit: « Tu as fait aujourd’hui de YHVH ton Elohim (..) ».

Je dirais bien: « En échange (de ton engagement), tu as obtenu du Seigneur cette promesse… ».

Affaire à suivre…

 

Les juifs dans le bassin méditerranéen

A l’époque des Actes des Apôtres, il existe d’importantes communautés juives dans tout le bassin méditerranéen. Il est intéressant de rechercher quand et comment elle se sont constituées. Est-ce à la suite de l’exil du Royaume du Nord (-721), ou de celui du Sud (-587)? Ou postérieurement à cette époque, dans le cadre du développement du commerce?

En Egypte par exemple, Alexandrie est fondée par les grecs en – 330. La traduction en grec de la Bible hébraïque (« Septante ») y est réalisée vers -270, à destination notamment de l’importante colonie juive locale. Les juifs bénéficient en Egypte du statut « d’Hellène », comme les grecs, ce qui attire de nombreux immigrants juifs (Wikipedia).
Un certain nombre de juifs sont soldats, et prennent ensuite leur retraite en Egypte.

Il en est de même à Antioche, autre très grande ville du bassin méditerranéen.

On comprend donc que, à partir notamment de ces deux points, et dans le cadre du commerce ou d’autres activités, des communautés juives se soient développées dans tout le bassin méditerranéen.

Je recopie ici, pour finir cette brève étude,  un passage d’une encyclopédie:

Au IVe siècle av. J.-C., la Palestine est conquise par Alexandre le Grand. Au cours des luttes pour le partage de l’empire d’Alexandre, la Palestine est disputée entre les Séleucides d’Antioche et les Lagides d’Égypte.
Les juifs commencent à se répandre dans les régions soumises aux Ptolémées (souverains de l’ Égypte) et aux Séleucides.

On les retrouve en Syrie, en Asie Mineure et dans les îles grecques.

Vers 300 av. J.-C. le roi Ptolémée Soter envahit la Palestine. Il confie à des juifs la défense des forteresses grecques établies en Cyrénaïque (région côtière de l’actuelle Libye). Beaucoup de juifs viennent s’établir à Alexandrie capitale de l’Égypte lagide. Les juifs occupent deux des cinq quartiers principaux de la ville.
Pendant les Guerres puniques (en 254-146 av. J.-C.), on trouve de nombreuses communautés juives en Libye et Afrique du Nord.

Complément: Je commence à lire le « Saint Paul » d’Etienne Trocmé. Il  écrit (p.15) : « Le royaume séleucide d’Antioche avait encouragé, dès le 4° siècle, l’implantation dans les centres urbains de ses provinces occidentales, de Juifs venus principalement de la nombreuse diaspora de Méso-potamie, dont il appréciait le loyalisme.

 

« Baptême »…

Trois types de baptêmes ou d’événements de ce type apparaissent dans le Nouveau Testament:
– Le baptême donné par Jean-Baptiste,
– Le baptême dans l’eau par les premiers chrétiens,
– L’effusion de l’Esprit (dans les Actes des Apôtres).

Quelques citations tirées des Actes montrent que les situations peuvent être très variées (Esprit Saint d’abord: Césarée; Esprit Saint nettement après: Samarie; etc.)

Pierre à Césarée:
(10,44) Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint tomba sur tous ceux qui avaient écouté son témoignage.  (10,48) Pierre donna alors l’ordre de les baptiser par l’eau (..) au nom de Jésus-Christ.

Paul (« Saul ») à Damas:
(9,17) Ananie entra dans la maison, lui imposa les mains, et dit: « Saul, mon frère, c’est le Seigneur Jésus qui m’envoie, afin que tu retrouves la vue et que tu sois rempli d’Esprit Saint. » (..) Il retrouva la vue et reçut alors le baptême.

Pierre à la Pentecôte:
(2,38) « Convertissez-vous: que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit. »

Philippe, puis Pierre et Jean, en Samarie:
(8,12;14) Ayant eu foi en Philippe qui leur annonçait la bonne nouvelle du Règne de Dieu et du Nom de Jésus-Christ, ils recevaient le baptême. (..) Les apôtres envoyèrent Pierre et Jean; une fois arrivés ils prièrent pour les Samaritains afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint.

Apollos ne connaît que le baptême de Jean:
(18,25) Il avait été informé de la voie du Seigneur, et, l’esprit plein de ferveur, prêchait et enseignait exactement ce qui concernait Jésus, tout en ne connaissant que le baptême de Jean.
(19,4) Paul reprit: « Jean donnait un baptême de conversion, et il demandait au peuple de croire en celui qui viendrait après lui, c’est à dire en Jésus. » Ils l’écoutèrent, et reçurent le baptême au nom du Seigneur Jésus. Paul leur imposa les mains et l’Esprit Saint vint sur eux: ils parlaient en langues et ils prophétisaient.

Lettre à Tite
(3.05) Il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint.

Eglise actuelle
Le baptême est donné « Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit »; il comporte l’entrée dans une communauté. Il est le signe visible d’une réalité invisible: notre entrée dans le salut donné par Jésus-Christ. Il comprend bien entendu le don de l’Esprit Saint.

Renouveau charismatique
Voir le discours de Paul VI (1975): « L’Eglise et le monde ont besoin plus que jamais que le prodige de la Pentecôte se poursuive dans l’histoire. »

Paul aux Romains et le salut des juifs

Les chapitres 9 à 11 de la lettre de Saint Paul aux Romains sont bien connus: ils parlent du peuple juif et de sa relation avec le salut apporté par Jésus.

Je viens de relire (rapidement), dans le Cahier Evangile 65, l’excellente présentation qui est faite de cette question, trop souvent exposée de façon embrouillée.
Charles Perrot, auteur de ce Cahier, montre que la démarche de Paul est progressive (je simplifie et fais court!) :

– Le chapitre 9  montre que, après tout, Dieu a toujours procédé comme cela: choisissant Isaac et non Ismaël, Jacob et non Esaü, etc. Et donc ensuite choisissant l’ouverture aux païens, accompagnée de la sortie d’une partie du peuple juif.
– Mais le chapitre 10 commence à ouvrir la perspective. Et le chapitre 11 annonce, à partir du verset 11, un possible retour des juifs.
Dans la fin du chapitre 11 enfin, Paul « prophétise » le retour des juifs, « lorsque sera entrée la plénitude des Nations ».

Voilà ! A vous de lire, maintenant!

L’attente d’un Messie dans le Premier Testament

Qu’il s’agisse des juifs de l’époque de Jésus, ou des juifs actuels, il est intéressant d’essayer de retrouver, dans le Premier Testament, les textes qui annoncent la venue d’un Messie.

Je crée ce billet de blog pour qu’il me serve en quelque sorte d’accumulateur, en vrac.
Il y a par ailleurs dans la Bible de nombreux passages évoquant les « temps messianiques » (p.ex. dans Isaïe), mais j’ai voulu me limiter ici au Messie en tant que personne.

  • Le premier Isaïe (ch.11)  écrit,  vers -740: « Un rameau sortir de la souche de Jessé (..)il jugera les petits avec justice (..) du bâton de sa parole il frappera le pays.« 
  • Le livre de Jérémie (ch 23,5), vers -600, écrit: « Voici (..) que je susciterai pour David un germe juste; il règnera en vrai roi (..) En ces jours-là Juda sera sauvé et Israël habitera en sécurité. Voici le nom qu’on lui donnera: « Le Seigneur est notre justice ».
  • La fin de la Genèse (ch. 48) évoque le rôle de Juda, à propos de qui Joseph, dans un grand discours, déclare notamment:
    « Le sceptre royal n’échappera pas à Juda, ni le bâton de commandement à sa descendance,  jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront. »  (Trad. liturg.)
    On date ce texte de l’époque de l’exil à Babylone, soit vers -550.
  • Dans Zacharie (3,9-10), vers -520,  on trouve l’annonce de la venue d’un « Germe »: « En un seul jour, j’enlèverai les fautes qui souillent ce pays ».
  • Le livre de Malachie, vers -460, comprend le célèbre passage sur « le jour du Seigneur, jour grand et redoutable« .
  • Et puis, beaucoup plus tard, vers -150,  il y a en Daniel 9,24 les « soixante dix semaines d’années »: « (..) nécessaire(s) pour que (..) la justice éternelle se manifeste, que la vision et la prophétie s’accomplissent, et que le Temple de Dieu soit de nouveau consacré ». (Daniel prétend être un écrivain du 6° siècle, mais connaît manifestement certains événements du 2° siècle…)