La Septante !

Je trouve de temps en temps, dans des textes écrits par des gens qui sont en principe des spécialistes, des jugements négatifs sur la « Septante », version grecque du Premier Testament. A les en croire – par leurs commentaires ou à travers des allusions – il y aurait lieu de ne pas s’intéresser à ce document, qui comporte un certain nombre de différences avec les versions hébraïques disponibles.
Rappelons que la Septante est une traduction en grec de la Bible hébraïque, réalisée pour être intégrée dans la bibliothèque d’Alexandrie, vers 270 avant Jésus-Christ. Cette version grecque de la Bible s’est ensuite largement répandue dans le bassin méditerranéen. C’est elle, en général, qu’utilisent (que citent) les auteurs des évangiles.

D’autres spécialistes n’ont pas cette réserve par rapport à la Septante; ils considèrent que probablement le texte hébreu qu’ont utilisé les rédacteurs de la Septante était simplement, sur certains points, différent des manuscrits dont nous disposons actuellement. Et, de temps en temps, on retrouve un fragment de vieux manuscrit hébreu qui, ô surprise, est identique à la Septante. Non pas que la Septante soit meilleure: elle est simplement différente sur certains points, comme le sont souvent entre eux les divers manuscrits hébreux.

Ce qui est intéressant aussi, c’est que parfois la Septante montre quelle interprétation du texte hébreu a été faite par les traducteurs – et était peut-être une interprétation courante à leur époque. Un cas célèbre est celui de la  jeune fille (« parthenos ») qui enfantera (Isaïe 7,14). Les esprits sûrs d’eux-mêmes rejettent cette lecture du texte, et disent que la Septante n’a pas été fidèle au texte hébreu…

Un dernier exemple, mineur, que je trouve dans le livre de Donald Knuth (« Bible 3.16 »): un fragment hébreu du livre de Josué, comportant une partie des versets 3,15 et 3,16 et plus ancien que les manuscrits connus précédemment, a été trouvé dans les grottes de la mer Morte. Le verset 3,15 comprend, à la fin, le mot « orge » alors que ce mot ne figure pas dans les versions hébraïques connues précédemment. Mais il figure dans la Septante. La  TOB le mentionne en note en disant « Le grec précise… » ; la Nouvelle Bible Segond ne le mentionne pas.

Publicités

« Tu as fait dire au Seigneur.. » (Deut. 26,17)

Le verset 26,17 du Deutéronome est assez singulier. La TOB indique en note: « On ne trouve nulle part ailleurs dans la Bible une semblable déclaration que chacun des partenaires de l’alliance obtient de l’autre ».

La traduction liturgique dit: « Tu as obtenu du Seigneur cette déclaration: lui sera ton Dieu, toi, tu suivra ses chemins, … »
La TOB: « C’est le Seigneur que tu as amené aujourd’hui à déclarer qu’il devient ton Dieu… » (curieux, ce « devient »…).
La Nouvelle Bible Segond : « Tu as fait promettre au Seigneur… »

Curieusement, la Bible américaine Anselm Academic n’a pas du tout ce texte, et écrit: « You have accepted the LORD’s agreement: He will be your God (..) « . De même la Bible Parole de Vie écrit: « Vous avez reçu aujourd’hui une promesse du Seigneur: (..). »

Mon niveau d’hébreu (!) n’est pas suffisant pour comprendre l’original. Chouraqui écrit: « Tu as fait aujourd’hui de YHVH ton Elohim (..) ».

Je dirais bien: « En échange (de ton engagement), tu as obtenu du Seigneur cette promesse… ».

Affaire à suivre…

 

Les juifs dans le bassin méditerranéen

A l’époque des Actes des Apôtres, il existe d’importantes communautés juives dans tout le bassin méditerranéen. Il est intéressant de rechercher quand et comment elle se sont constituées. Est-ce à la suite de l’exil du Royaume du Nord (-721), ou de celui du Sud (-587)? Ou postérieurement à cette époque, dans le cadre du développement du commerce?

En Egypte par exemple, Alexandrie est fondée par les grecs en – 330. La traduction en grec de la Bible hébraïque (« Septante ») y est réalisée vers -270, à destination notamment de l’importante colonie juive locale. Les juifs bénéficient en Egypte du statut « d’Hellène », comme les grecs, ce qui attire de nombreux immigrants juifs (Wikipedia).
Un certain nombre de juifs sont soldats, et prennent ensuite leur retraite en Egypte.

Il en est de même à Antioche, autre très grande ville du bassin méditerranéen.

On comprend donc que, à partir notamment de ces deux points, et dans le cadre du commerce ou d’autres activités, des communautés juives se soient développées dans tout le bassin méditerranéen.

Je recopie ici, pour finir cette brève étude,  un passage d’une encyclopédie:

Au IVe siècle av. J.-C., la Palestine est conquise par Alexandre le Grand. Au cours des luttes pour le partage de l’empire d’Alexandre, la Palestine est disputée entre les Séleucides d’Antioche et les Lagides d’Égypte.
Les juifs commencent à se répandre dans les régions soumises aux Ptolémées (souverains de l’ Égypte) et aux Séleucides.

On les retrouve en Syrie, en Asie Mineure et dans les îles grecques.

Vers 300 av. J.-C. le roi Ptolémée Soter envahit la Palestine. Il confie à des juifs la défense des forteresses grecques établies en Cyrénaïque (région côtière de l’actuelle Libye). Beaucoup de juifs viennent s’établir à Alexandrie capitale de l’Égypte lagide. Les juifs occupent deux des cinq quartiers principaux de la ville.
Pendant les Guerres puniques (en 254-146 av. J.-C.), on trouve de nombreuses communautés juives en Libye et Afrique du Nord.

Complément: Je commence à lire le « Saint Paul » d’Etienne Trocmé. Il  écrit (p.15) : « Le royaume séleucide d’Antioche avait encouragé, dès le 4° siècle, l’implantation dans les centres urbains de ses provinces occidentales, de Juifs venus principalement de la nombreuse diaspora de Méso-potamie, dont il appréciait le loyalisme.