Traduction liturgique (suite)

Je poursuis l’analyse des points sur lesquels j’avais fait des commentaires. (Se reporter à mon texte de 2000/2002). La nouvelle traduction liturgique est désignée par « NTL ».
Le texte ci-après est long, mais il sera pour moi une référence.
Beaucoup de points sont marqués « OK »: ce sont les cas où la traduction a changé dans le même sens que mes remarques. Mais dans un certain nombre de cas une difficulté subsiste.

Exode 3,14 – « Je suis celui qui suis » (qui n’est pas une phrase grammaticalement correcte) est devenu « Je suis qui je suis ». OK.

Lévitique – J’avais critiqué le titre du livre, qui dans la liturgie est actuellement: « Livre des Lévites ». Plusieurs Bibles insistent sur le fait qu’il s’agit du Livre de la tribu de Lévi, c’est à dire des prêtres et des lévites. La nouvelle traduction ne fait que la moitié du chemin et donne deux titres au livre: « Livre des Lévites ou Lévitique » Avoir laissé l’appellation incorrecte en premier peut inquiéter quant à celui des deux titres qui sera retenu dans les lectionnaires.

Nombres 11,29 – « Ah, si le Seigneur pouvait.. » . L’ambigüité de la fin de la phrase a été enlevée. OK.

1 Samuel 9,18 – « Indique-moi, je t’en prie.. ». OK.

1 Samuel 15,18-19 – « Pourquoi n’as-tu pas obéi ». Pas grand changement.

1 Samuel 16,1 – « J’ai vu ». OK

2 Samuel 7,11 – « Qu’il te fera lui-même une maison ». Pas de changement.

2 Samuel 11,4 – « Il dormit avec elle » est devenu « Il coucha avec elle ». OK.

1 Rois 21,1 – Naboth avait une vigne à Izréel: cette précision importante, qui est dans le texte hébreu, manque toujours. Dommage.

Isaïe 53,10 – « Broyé par la souffrance, le serviteur a plu au Seigneur » – Pas vraiment de correction malheureusement, alors que TOB, Segond, Jérusalem et Chouraqui (pour ne prendre que ces 4 exemples) sont unanimes sur un texte bien différent (qui, c’est un progrès, est mentionné en note dans la NTL). Une hypothèse: C’est à ce verset que commence la lecture le 29° dimanche année B et on a voulu débuter sur une idée claire… Mais, comme indiqué justement dans l’introduction de la NTL, c’est au lectionnaire de faire ces petites adaptations, pas à la traduction elle-même, qui est ici complètement fausse.

Isaïe 55,1 – « Venez acheter » – Pas de changement alors que ce texte n’a pas de sens et que TOB, Chouraqui, BFC etc. évitent de dire cela.

Ezéchiel 16,61 – Nouveau texte: « Sans que cela découle de ton alliance ». Pas très clair.

Psaumes 79 (80),18  – « Le fils de l’homme.. » Non corrigé puisque les Psaumes ne bougent pas.

Job 3,14-15 – « Les conseillers de la terre.. remplissent.. » 2 corrections faites; OK.

Job 38,2 – « Obscurcit mes plans » – OK !

Ecclésiaste 1,2 etc. – « Vanité » : maintenu (mal compris par beaucoup, évité par BFC etc., pris comme « vaniteux », mais bon…).

Sagesse 2,1 – « Les impies.. »; peut-être corrigé pour ce qui est du passage lus aux  funérailles;  il faudra attendre le lectionnaire pour voir (Le mot « impie » est maintenu ailleurs, mais dans des passages moins « sensibles »).

Evangile de Matthieu 6,1 – « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez.. »: Texte nouveau, mais qui pose d’autres problèmes (nous ne pouvons pas « faire » pour devenir justes…);  le mot « évitez » est maintenu. Voir p.ex. BFC pour une traduction meilleure.

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Nouvelle traduction liturgique, premières impressions

La nouvelle « Traduction officielle liturgique » de la Bible est sortie hier vendredi 22 novembre. Elle n’entrera en fonction officielle que dans deux ans si j’ai bien compris: il reste en effet à réaliser les lectionnaires pour l’ambon, le missel du prêtre, etc.,  ce qui peut prendre plus d’un an.
La nouvelle traduction du Notre Père pour la messe (qui n’est pas le texte de Matthieu ou de Luc mais s’en inspire) n’entrera en fonction de même qu’à cette échéance: « Ne nous laisse pas entrer en tentation » (voir mon billet sur cette traduction).

L’édition que j’ai achetée, petit format reliée à 39 euros, est assez agréable à tenir en main, quoi qu’un peu lourde. Le format des pages est celui du « Missel des dimanches », mais deux fois plus épais, plus la couverture cartonnée très solide; 2090 pages. Le texte est petit; le papier semble solide.  Trois marque-pages textile attachés à la reliure sont inclus.

Enfin et surtout – c’est la nouveauté essentielle par rapport à la précédente Bible de la Liturgie – cette Bible comprend pour chaque livre une introduction d’une ou plusieurs pages et des notes de bas de page, malheureusement plus souvent techniques que de fond.
C’était à mes yeux la condition essentielle pour que l’on puisse éventuellement recommander l’achat de cette Bible comme première ou unique Bible: car l’étude de la Bible ne prend son sens qu’accompagnée d’explications, tant exégétiques (p.ex.: le livre d’Isaïe est de trois époques différentes) que théologiques (p.ex.: introduction à la Lettre aux Romains).

La table des matières est presque au début, mais placée après les pages contenant les décrets romains d’approbation. La liste des abréviations des livres est page 29, au milieu de l’introduction. Ces deux emplacements ne sont pas vraiment optimaux. Egalement, même si c’est un détail, une introduction dont le titre est curieux, « Introduction à l’histoire deutéronomiste », précède toute la section des livres historiques (y.c. Maccabées etc.)…

Contrairement à l’ouvrage précédent, il n’y a pas de référence en marge aux occasions où chaque passage est lu (et donc pas non plus de table classée par fête liturgique); en tout cas dans l’édition dont je dispose.

L’ordre des livres est – malheureusement à mon sens – l’ordre que l’on peut appeler « traditionnel », celui de la Septante, avec à la fin du Premier Testament (que l’on continue à nommer « l’Ancien Testament ») les prophètes, placés par conséquent après Esdras, Néhémie ou les Maccabées. Quelques Bibles en France (notamment TOB, ZeBible, Parole de Vie, Bayard, Chouraqui) ont choisi un ordre différent, inspiré de celui des Bibles juives.

Parlons maintenant de la traduction elle-même, puisque c’est cette version qui sera utilisée quotidiennement à la messe dans quelques années. L’ouvrage est réellement une traduction nouvelle, comme l’explique l’introduction et comme on peut le vérifier sur de nombreux passages: si l’on prend par exemple l’évangile de ce dimanche du Christ Roi année C (Luc 23,35 et suivants), il y a au moins huit différences dans les tournures ou le vocabulaire!
Par contre, et on peut s’en réjouir, la traduction des Psaumes a l’air inchangée.

Outre l’exemple connu du « Notre Père », il y a aussi par exemple le retour du mot « diable », commenté par La Vie dans cet article.

J’avais transmis, il y a fort longtemps, une liste d’environ 80 observations à la Commission de révision. Comme le choix fait a été de retraduire tout, voyons dans quelle mesure les problèmes que j’avais détectés demeurent. Prenons déjà mes trois premiers commentaires:

– Pour Genèse 2,24, je vois que la traduction « ils ne feront plus qu’un » a malheureusement été maintenue; une note a été ajoutée pour dire: « Littéralement: ils ne feront plus qu’une seule chair ». Eh oui! Mais les auditeurs n’auront pas la note. Visiblement les traducteurs ont hésité devant le mot chair !

– Genèse 18,12: « J’ai passé l’âge de l’amour » est devenu « J’ai passé l’âge du plaisir »! Cette traduction est incomplète. Sarah dit deux choses, et pose une question: « Maintenant que je suis âgée, aurai-je encore du plaisir? »  Erreur donc, qu’il aurait été facile d’éviter; d’autant que la traduction retenue n’est pas satisfaisante: implicitement elle revient à dire que le plaisir est forcément sexuel.

– Pour Exode 3,3 « Pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas? » (on vient de dire qu’il brûle!), la correction a été faite. Le nouveau texte est: « Pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas? »

Passons sur la plupart de mes remarques suivantes. Un premier parcours m’a montré que dans plusieurs cas des corrections ont été faites dans le sens que je proposais. Il reste des points insatisfaisants, que j’examinerai dans un autre billet.

Au total, et en attendant de lire davantage ce nouveau livre, l’impression est positive. Bravo!