Remarques sur la traduction liturgique

Je rassemble ici peu à peu des points sur lesquels la traduction liturgique nouvelle ne me paraît pas satisfaisante. Je dois dire que j’en trouve souvent (maladresses de style, phrases incompréhensibles à l’oral…) et n’ai souvent pas le courage ou le temps de les mentionner ici.
J’ai mis en gras deux exemples que j’ai notés dans la liturgie d’un même jour (lundi de la 5° semaine de Pâques) et qui m’ont un peu stupéfié: il n’y avait pas de raison majeure dans ces deux cas de changer le texte (la continuité aurait dû prévaloir), et surtout, les choix faits ne sont ni conformes au grec, ni du bon français ou clairs en français. Qui composait la commission qui a révisé la traduction, et quelles étaient les règles de travail??

Je reprendrai aussi éventuellement ci-dessous certains points déjà évoqués dans un autre billet lors de la sortie de cette traduction. Je m’étais alors essentiellement concentré sur les points discutables ou erronés de la précédente traduction. La nouvelle rajoute malheureusement son lot de nouveautés regrettables.

Les remarques sont pour l’instant placées sans ordre particulier, avec ajout des nouvelles en tête.

– « .. Faut-il se vanter? Ce n’est pas utile. J’en viendrai pourtant aux visions… » (2 Co 12,1) – Cette façon de traduire est classique, mais peu compréhensible. L’ancienne traduction liturgique était beaucoup plus claire: « Faut-il présenter des motifs d’orgueil? » (sous-entendu: pour égaler les « pseudo-apôtres dont la lettre vient de parler) « Alors, bien que ce soit inutile, j’en viendrai aux visions… »

– « .. Jésus-Christ: lui qui est riche, il s’est fait pauvre » (2 Co 8,9) – Aucune des autres traductions que j’ai consultées (16 ! ) ne traduit ainsi. La plupart disent « lui qui était riche »; deux disent « riche, il s’est fait pauvre », et enfin une (Chouraqui) : « étant riche, s’est fait pauvre », ce qui reste différent du « est riche », et est le plus près du texte grec.

– Tobie: sort d’un lit où il n’est jamais entré…(Tobie 8,4) – Voir billet qui présente ce point.

– « Ils se précipitèrent dans la foule »  (Actes 14,14)C’est « vers », en grec (« eis ») comme en français !

– « Seigneur, que se passe-t-il? » (Jean 14,22) – Jude demande: « Comment se fait-il que tu te .. ».  Le « oti » grec ne permet pas le doute.

– « Nul ne va au Père sinon EN PASSANT par moi » (Jn 14,6)  Voir billet de blog.

– « il se retira dans la montagne, lui seul. »  (Jn 6,15)  – Peu élégant; dire « seul » ou à la rigueur « tout seul ».

– « Restés en surplus pour ceux qui avaient pris cette nourriture » (Jn 6,13) – Quel style étrange!  Dire plutôt « restés à ceux qui avaient mangé » (TOB) ou même « qui restaient après le repas » – En grec: 4 mots!

– Theudas a été « supprimé » (Actes 5,36): a été tué !

– « Le Christ, c’est Jésus » (Actes 5,42): l’ancien texte, « Jésus est le Messie » était beaucoup plus compréhensible et correspondait mieux au contexte tel que nous le comprenons maintenant; d’ailleurs les apôtres ne s’exprimaient pas en grec…

Lévitique: C’est une erreur, d’un point de vue pédagogique et de celui du contenu, d’appeler ce livre « Livre des Lévites ». Même la Bible du Rabbinat n’utilise pas cette expression! C’est le livre des prêtres et des lévites.

Pesants fardeaux: « Ils ne veulent même pas les remuer du doigt » (Mt 23,4)
On ne voit pas comment on remuerait un pesant fardeau avec le doigt…  « Parole de Vie » traduit: « Ils refusent d’y toucher, même avec un seul doigt » (ce qui est d’ailleurs le texte du parallèle en Luc 11,46).

– « C’était la nuit »: trahison de Judas, en Jn 13,30 – Devient dans la nouvelle TL: « OR il faisait nuit ». L’effet littéraire dramatique voulu par l’évangéliste – et retenu par la majorité des traductions – est perdu avec ce « or » inutile. « C’était la nuit » serait de toute façon meilleur pour rendre cet effet, et plus conforme au grec !

AUTRE REMARQUE
Jeudi de la 2° semaine de Pâques – Jean 3,31-36 – Le lectionnaire commence, de façon erronée, par « En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème » alors que dans le texte qui suit c’est Jean-Baptiste, et non Jésus, qui parle…

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